HOMMAGE DE CHRÉTIENS & CULTURES À CLAUDE VEDEL
17 SEPT 2020. ÉGLISE ST-VINCENT - CASTELNAU-LE-LEZ
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Dans la nuit du 8 septembre, Claude, tu as pris un ticket pour le paradis.
Ce soir du 17 septembre, Claude, nous sommes là pour toi. Nous sommes plus que jamais tes amis, tes amis de Chrétiens et Cultures, tes amis des deux festivals. Nous sommes tristes au plus profond de nous-mêmes. Avec Françoise, avec ta famille, avec tes amis de Montpellier, tes amis de partout.
Nous découvrons une solitude étrange. Dans l’aventure du Festival interreligieux de musiques sacrées, tu n’es plus du voyage. Sur la route du Festival chrétien du cinéma, tu n’es plus de la conversation. La mort est comme une phrase interrompue. La phrase aurait dû continuer. Elle s’est arrêtée au terme de ton combat contre la maladie. Une maladie dont les péripéties, les répits et les rechutes n’ont jamais altéré ta belle vaillance.
Claude, tu n’es plus là. N’étouffons pas notre tristesse. Mais ce que tu as conçu, ce que tu as construit à tes heures calmes, demeure. Tu nous avais accoutumés à ta personnalité et à tes passions. Ta capacité à agir, à entreprendre, à organiser, nous émerveillait. Elle témoignait de ta formidable fringale de vie. Tu étais un dévoreur de culture et un puits de science cinématographique.
Le 31 janvier 2020, le Festival chrétien du cinéma projette le film d’Alain Corneau, Tous les matins du monde. Après la séance, le débat s’essouffle un peu. Alors, tu prends la parole. Tu évoques la toile de fond historique et théologique du scénario : le jansénisme et l’abbaye de Port-Royal, les relations entre la grâce et la liberté. Et le film s’en trouve tout à coup éclairé.
Pour le vingtième anniversaire du Festival interreligieux de musiques sacrées, tu t’embarques dans un projet un peu fou : la création d’un oratorio à partir de la lecture croisée de la Torah, de la Bible et du Coran. Une entreprise chimérique, qui se mue en une œuvre magnifique. Le public plébiscite l’oratorio Comme une île, Lampedusa.
Pour le dire autrement, Claude, tu as été ce que Victor Hugo appelle dans Hernani « une force qui va ». Tu as vécu comme un battant, tu as quitté cette terre comme un battant. D’où tenais-tu cette énergie infatigable, cette incroyable pugnacité ? Nous aimons à croire que la réponse se trouve dans ces versets du prophète Isaïe (40, 30-31) : « Les adolescents se fatiguent et se lassent. Et les jeunes hommes chancellent. Mais ceux qui se confient en l'Éternel renouvellent leur force. Ils prennent le vol comme les aigles. Ils courent et ne se lassent point. Ils marchent et ne se fatiguent point. »
La maladie a fini par avoir raison de ta force, toi qui as manifesté ta vigueur geste après geste, décision après décision, engagement après engagement. Victoire de la maladie, mais pas victoire de la mort, puisque tu es entré dans la vraie Vie. Tu es entré dans la paix de Dieu. La paix de Dieu ? Un artiste a mis des mots, ses mots, sur cette paix. C’est le peintre Vincent Bioulès, invité cette année par le Festival chrétien du cinéma : « La foi, c’est habiter le silence de Dieu, pour aller vers une paix mystérieuse », a-t-il témoigné. Nous t’imaginons désormais dans cette paix mystérieuse.
Dans la nuit du 8 septembre, Claude, tu as pris un ticket pour le paradis. Notre compagnonnage s’est interrompu. Nous te laissons partir. Un jour, nous reprendrons la conversation.
Anne-Cécile Antoni et Philippe Cabrol