La Passion de Dodin Bouffant
Présentation du film : La Passion de Dodin Bouffant
Compétition Officielle, prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2023
Nationalité : France
Genre : Drame, Historique, Romance
Durée : 2h14
Date de sortie : 8 novembre 2023 en salle
Réalisateur : Tran Anh Hung
Acteurs principaux : Juliette Binoche, Benoît Magimel, Pierre Gagnaire
La passion de Dodin Bouffant a été préféré le jeudi 21 septembre à quatre autres films, dont «Anatomie d’une chute», pour concourir à l’oscar du meilleur film international.
Eugénie, cuisinière hors pair, est depuis vingt ans au service du célèbre gastronome Dodin. À force de passer du temps ensemble en cuisine, une passion amoureuse s’est construite entre eux où l’amour est étroitement lié à la pratique de la gastronomie. De cette union naissent des plats tous plus savoureux et délicats les uns que les autres qui vont jusqu’à émerveiller les plus grands de ce monde. Pourtant, Eugénie, avide de liberté, n’a jamais voulu se marier avec Dodin. Ce dernier décide alors de faire quelque chose qu’il n’a encore jamais fait: cuisiner pour elle.
Tirée d’un roman de Marcel Rouff, paru en 1924 (La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant, gourmet, ), l’histoire se déroule vers 1885, dans la campagne française. Tran Anh Hung signe avec beaucoup de raffinement ce poème culinaire, cette ode à la gastronomie française, «légère, fine, savante et noble, harmonieuse et nette, claire et logique, intimement liée, par des relations mystérieuses, au génie de ses plus grands hommes», selon Marcel Rouff. Mais, Dodin Bouffant a-t-il réellement existé ? Il est «gras avec dignité et élégance», précise l’écrivain. «C’est un sage et un vieux Français.» Ne serait-ce pas le célèbre Anthelme Brillat-Savarin en personne? On l’ignore.
Le récit mêle séquences de préparation de plats élaborés, moments de conversations oscillant entre le marivaudage et expression franche de sentiments, et instants de convivialité partagés avec quatre amis.
Il y a beaucoup de poésie dans la manière de Tran Anh Hung de filmer la cuisine. On ressent dans le choix des cadres et des lumières une forte influence de la peinture classique et son travail est précis et rigoureux. La photographie est splendide et chaque plan est minutieusement composé.
La Passion de Dodin Bouffant éveille nos sens. Il transmet des goûts, des saveurs. Les images mettent en valeur des mets fins: des carrés de veau saignants et frémissants, des écrevisses, un turbot, un vol-au-vent géant et une omelette norvégienne flambée. Ces plats ressemblent à des œuvres d’art.
La caméra se concentre sur la précision et la délicatesse des gestes, les émotions se transmettant par de simples regards durant les scènes de cuisine où les dialogues sont quasiment absents. Le son est remarquable, il occupe la quasi-totalité du film: aucune musique ne vient troubler la paisibilité du long-métrage, ne vient perturber le chant des casseroles, des cocottes en fonte et des cuillers en bois. La cuisine est le seul instrument de musique !
Viennent s’ajouter la beauté et la richesse des intérieurs de Dodin, tournés dans un château d’Anjou et sublimés par le travail du chef décorateur Les grands couloirs et escaliers offrent aux personnages de longues déambulations, de la cuisine à la salle à manger, de la chambre de Dodin à celle d’Eugénie.
Par soucis de réalisme, les séquences gastronomiques ne laissent jamais rien au hasard. Bénéficiant du travail de consultant du chef triplement étoilé Pierre Gagnaire et filmés à la manière d’un ballet méthodiquement chorégraphié, les préparatifs culinaires sont très complexes, avec une mise en scène très élaborée.
Trân Anh Hung sonde également dans son film les relations d’un duo pas comme les autres, davantage uni par la passion de la cuisine que par une histoire d’amour. Dodin ne cherche qu’à épouser Eugénie. Et cette dernière, en bonne cuisinière, est toujours au second plan, derrière les fourneaux, ne participant jamais aux repas importants contrairement à Dodin-Bouffant, qui se met toujours à table avec ses invités.
Tràn Anh Hùng conçoit avec originalité la manière de filmer la conception des plats. Concernant les conditions de tournage, il a ainsi déclaré dans le dossier de presse: «C’est très complexe, déjà dans la préparation. Vous devez synchroniser les multiples déplacements des uns et des autres, du piano à l’îlot de lavage, de ce plan de travail à tel autre, imaginer ce que font Violette, Dodin et Pauline pendant qu’Eugénie installe, par exemple, les laitues braisées autour du carré de veau. On sait que durant ce déplacement, elle aura tel ou tel ustensile en mains, que Dodin aura besoin de tel autre… C’est un véritable ballet, une chorégraphie. Et un vrai casse-tête». Ce film nous fait penser au long métrage Le festin de Babette de Gabriel Axel, 1987.
C’est une lettre d’amour à la gastronomie que le réalisateur franco-vietnamien Tràn Anh Hùng nous offre avec La Passion de Dodin Bouffant, ou The Pot-au-Feu dans son titre anglophone, mais aussi une véritable ode à la vie et au cycle des saisons, un éloge de l’émotion. Et puis il y a la communion et l’amitié qui peuvent passer par des goûts communs, comme entre ces hommes qui mangent à la table de Dodin, mais qui va aussi au-delà et s’éprouve, notamment dans les moments de souffrance et de perte. Et enfin, l’amour, car La Passion de Dodin Bouffant est une grande et belle histoire d’amour.
Philippe Cabrol
https://www.youtube.com/watch?v=wTk_KS9BsTY
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