Pierre, feuille, pistolet
Présentation du film : Pierre, feuille, pistolet de Maciek Hamela
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, plus de 14,5 millions d’habitants ont fui leur pays, cherchant refuge principalement en Pologne. Ces chiffres sont accompagnés de 4,7 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, fuyant l’est pour trouver sécurité dans l’ouest. L’évacuation massive des civils est l’un des phénomènes les plus marquants de cette guerre, qui se déroule si près des frontières du monde occidental.
Un van polonais sillonne les routes d’Ukraine. A son bord, Maciek Hamela évacue des habitants qui fuient leur pays depuis l’invasion russe. Le véhicule devient alors un refuge éphémère, une zone de confiance et de confidences pour des gens qui laissent tout derrière eux et n’ont plus qu’un seul objectif: retrouver une possibilité de vie pour eux et leurs enfants. Maciek Hamela, réalisateur et bénévole, déclare : « Dans ce film, je suis à la fois réalisateur, chauffeur, organisateur, bénévole, interprète et confident ». Au cours des opérations d’évacuation, le réalisateur Maciek Hamela a parcouru plus de 100 000 kilomètres pour secourir des civils.
La caméra filme les passagers installés à l’arrière. Dans un premier temps, le cinéaste n’envisage pas de réaliser un film. Mais la force des propos qu’il entend le pousse à témoigner de la difficile condition d’exilé.
Chaque voyage est l’occasion de nouvelles rencontres avec des individus de tous âges et de toutes classes sociales. Les ressentis et les expériences de la guerre varient sans cesse mais tous apprécient la bulle de sécurité offerte par le van.
Ce sont des femmes et des hommes de tous âges, résignés à tout abandonner, acculés à la fuite, se succèdent sur les huit sièges que renferment le véhicule. À l’avant, le réalisateur – cameraman et conducteur.
Depuis l’habitacle, nous sommes témoins de drames intimes et familiaux tandis que les paysages extérieurs défilent, spectacle d’effroi et de désolation. Âmes en miettes et villes en pièces forment un champ de ruines sur lequel, néanmoins, le film insuffle une force de vie phénoménale. Dans le fracas des vies brisées, les sentiments les plus divers se succèdent et se superposent : le mutisme de certains, les larmes discrètes mais aussi une forme irrationnelle d’optimisme. Ainsi, des femmes qui déclarent avoir toujours rêvé de découvrir Paris, réussissent à sourire. La dignité de ces personnes, réunies par hasard sur les routes de l’exode, force le respect.
Les séquences se succèdent sans repère chronologique ou géographique. Seuls les propos des passagers permettent de situer le temps et l’espace.
Les arrêts effectués pour prendre de nouveaux passagers donnent lieu à de déchirantes scènes de séparation. Une grand-mère regarde partir sa fille et ses petits-enfants, la seconde d’après ressemble à un trou noir. Un père et mari étreint sa petite famille. Lui reste pour s’engager volontaire dans l’armée ukrainienne. Combien de battements de cœur séparent l’au revoir de l’adieu ?
Philippe Cabrol
