Login

Lost your password?
Don't have an account? Sign Up

La Femme la plus riche du monde

Analyse du film : LA FEMME LA PLUS RICHE DU MONDE

La femme la plus riche du monde : sa beauté, son intelligence, son pouvoir. Un écrivain photographe : son ambition, son insolence, sa vulgarité. Un coup de foudre entre eux deux. Une héritière méfiante qui tente de mettre sa mère sous tutelle, un majordome qui en sait plus qu’il ne dit, qui observe ce petit jeu et pose des micros, un homme supposément « de confiance », qui fait des affaires dans le dos de sa cliente. Et aussi des secrets de famille, des donations astronomiques, une histoire perverse de tentative de domination et d’emprise. Serions-nous dans « un Dynastie à la française » inspirée de l’affaire Bettencourt ?

En effet, Thierry Klifa a tenté le pari de réécrire l’affaire Bettencourt et ce film raconte une histoire qui a défrayé la chronique et pose les limites entre liberté de disposer de ses biens et nécessité d’être protégé, quand l’incapacité est constatée. Ce film a été présenté au Festival de Cannes 2025.

La femme la plus riche du monde de Thierry Klifa.

France, sortie le 29 octobre 2025, 2h.

Avec : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Marina Foïs, Raphaël Personnaz, André Macron, Mathieu Demy.

Klifa s’est librement inspiré de l’affaire Bettencourt qui a défrayé la chronique dans les années 2000. Le réalisateur la transpose dans une fiction où les noms et les contextes sont modifiés. Fin des années 80, le photographe François-Marie Banier fait la connaissance de Liliane Bettencourt, femme fantasque, milliardaire héritière de l’empire L’Oréal, lors d’un reportage photo pour un magazine. Ils deviennent amis. Vingt ans plus tard, à la mort de son père, Françoise Bettencourt-Meyers, sa fille, découvre les sommes astronomiques données par sa mère à son ami et y voit un énorme abus de faiblesse d’un homme sans scrupules sur une femme âgée.

Dès le début du long -métrage, il est indiqué que ce film n’ a pas pas pour objectif d’ éclairer et d’analyser une affaire judiciaire. L’avertissement en ouverture de générique a son importance : « Ce film est une œuvre de création très librement inspirée de faits réels. Par respect de la vie privée, de la mémoire des morts et de la réputation des vivants, les auteurs tiennent à préciser qu’à leur vision subjective d’événements rapportés se mêlent des éléments de pure fiction issus de leur imagination. L’intimité des personnages, leurs échanges et confidences sont inventés. »

Le décor de La femme la plus riche du monde est celui d’une haute bourgeoisie avec une cruelle affaire d’une lutte des classes sociales : « la médiocrité des petits face à l’arrogance des soit-disant supérieurs ». Vulgaire, sans-gêne, Francois-Marie Banier (rebaptisé Pierre-Alain Fantin) est un bouffon, un escroc extravagant, rusé, profiteur mais sincère quand même, face à la retenue de Liliane Bettencourt (renommée Marianne Farrère). Rien ne l’arrête dans sa course effrénée pour divertir « sa » Marianne, qui se soumet à ses moindres caprices, en l’occurrence des cadeaux somptueux, des donations d’assurances, de très gros chèques – le tout estimé après enquête à quelque 700 millions d’euros.

C’est une comédie plutôt légère et joyeuse avec des situations tragiques et des voies détournées. Dans ce petit théâtre cruel où s’aiment et se haïssent les ultra-riches, nous sommes face à un trio improbable en quête d’amour à donner et à recevoir.

Toutes les relations de Marianne sont des relations de pouvoir et de force, faisant le plus souvent l’objet de transactions. Sa fille Frédérique, élevée dans l’opulence, n’ a pas l’amour qu’elle est en droit d’attendre de sa mère. Quand débarque Pierre-Alain, Marianne y voit une ultime chance d’émancipation dans une existence cadenassée par sa classe et sa fortune. Ses proches y voient un escroc qui n’hésitera pas à la dépouiller d’une part de son immense fortune.

Laurent Lafitte interprète à merveille un personnage grotesque. L’acteur est de tous les excès et constamment en surjeu. Isabelle Huppert est impériale dans son rôle de femme terriblement seule, apportant à son personnage une complexité qui oscille entre vulnérabilité et autorité. Son interprétation confère à Marianne une aura à la fois redoutable et émotive. On découvre aussi une galerie de personnages tous plus intéressants les uns que les autres : Jérôme le majordome (Raphaël Personnaz) pris en tenaille dans ce conflit familial, le mari aimant mais impuissant (André Macron), la fille (Marina Foïs) à la recherche d’un amour maternel qu’elle n’a jamais eu. La musique d’Alex Beaupain accompagne parfaitement l’ensemble.

Tous ces personnages, parfaitement incarnés par leurs interprètes, constituent le noyau dur d’un film abordant les thèmes de l’argent, les secrets de famille, les petites jalousies, l’ambition, la guerre des ego, la solitude…

Visuellement, La Femme la plus riche du monde s’éloigne des clichés habituels. Pas de clinquant ni de satire , mais une élégance travaillée avec soin par une direction artistique précise : décors somptueux mais discrets, costumes sobres, couleurs qui évoluent au fil des émotions.

Thierry Klifa ne cherche ni l’empathie forcée ni la dénonciation. «Ce qui m’intéressait, ce n’était pas tant la famille que la question de la transmission», explique-t-il.

A la fois caustique et délicat, drôle, cynique, cruel, et réjouissant jeu de massacre La Femme la plus riche du monde est une farce, qui nous invite au spectacle des histoires de famille surdimensionnées des ultra-riches.

Philippe Cabrol

#analysesdefilms#laurentlaffite#isabellehuppert#marinafois

https://chretiensetcultures.fr