Laguna
Analyse du film : LAGUNA
Le nouveau film du cinéaste lituanien Sharunas Bartas, Laguna, raconte un touchant travail de deuil après un décès dévastateur, celui de sa fille aînée Ina Marija, dans un film intense en réflexions sur la vie, la mort et la nature.
Avec Laguna, Sharunas Bartas nous entraîne dans un voyage intime. Présenté au Festival de Venise 2025, ce documentaire est un acte de courage qui transforme le deuil en œuvre d’art.
LAGUNA de Sharunas Bartas. Mexique/France/Lituanie. Sortie en France le 14 Janvier 2025. 1h42mn.
Avec : Sharunas Bartas, Ina Marija Bartaité, Una Marija Bartaité, Bryan Ordonez.
Le cinéma peut être un outil puissant pour exprimer certaines émotions et expériences. Dans le cas de Laguna , Bartas adhère pleinement à la conviction que l’art peut être libérateur, et qu’il y a un réconfort émotionnel et psychologique à parler de telles situations douloureuses et dramatiques.
Sharunas Bartas entreprend un voyage initiatique avec sa fille cadette, Una, jusqu’à un village situé sur la côte Pacifique du Mexique. C’est dans cette zone fréquemment frappée par les cyclones, mais où la nature fait preuve d’une extraordinaire résistance et d’une capacité de renaissance, que sa fille aînée Ina Marija est morte accidentellement à l’âge de 24 ans. Pour assainir sa peine et guérir ses blessures, le réalisateur décide donc de retourner sur ces lieux que Ina Marija a tant aimés.
Tout au long du documentaire, le thème de la mort est omniprésent, mais ce n’est que vers la fin qu’il est exprimé par des mots. Entre larmes et réflexions sur la vie après la mort, une vérité bouleversante est développée : la douleur de la fin n’efface pas la grâce connue; au contraire, elle la rend plus précieuse encore. La mort n’est pas une simple absence, mais une trace vivante qui perdure en ceux qui restent.
Laguna décrit aussi avec beaucoup de pudeur la relation entre un père et sa fille. Ils trouvent un réconfort précieux l’un auprès de l’autre, s’entraidant dans un deuil qui semble interminable. Au-delà des dialogues, il y a des moments de grande tendresse, de réflexion, de rires et de larmes.
Ce documentaire montre également l’importance et la nécessité de l’harmonie entre l’homme et la nature. Quand Sharunas Bartas ne filme pas le fleuve, sa caméra scrute les gestes de la nature. Le cinéaste donne la parole à des femmes et des hommes qui cultivent la terre avec un respect infini pour elle.
À la fois document culturel, voyage mémoriel et rituel, le film offre des paysages époustouflants et s’immerge dans la culture locale et les traditions, faisant de Laguna un hommage autant à ces communautés indigènes qu’un récit de cheminement vers la guérison. Photographie et lumière sont magnifiques.
Oeuvre sur la perte, invitation au voyage et à la méditation, Bartas nous fait partager pour guérir nos propres blessures passées et à venir par l’expérience de la beauté. Le réalisateur semble suggérer que le deuil ne détruit pas la vie, mais la transfigure. Chaque fin, comme nous l’enseigne la nature, porte en elle la possibilité d’une renaissance.
« En tant qu’homme et en tant que réalisateur, je pourrais diviser ma vie en deux parties. La première : avant de perdre ma fille bien-aimée. La seconde : après son décès. » a déclaré le réalisateur. De tels films sont rares au cinéma. Bartas réalise un film d’une grande spiritualité où l’art du Beau et le travail de deuil s’entremêlent dans un espace et une page hors du temps, filmée comme un instant d’éternité.
Philippe Cabrol, chrétiens et Cultures
