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La Vie de château, mon enfance à Versailles

Analyse du film : LA VIE DE CHÂTEAU, MON ENFANCE A VERSAILLES

Comment parler des drames aux enfants? Comment mettre en scène le quotidien après l’indicible? C’est la question à laquelle La Vie de Château, Mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’Limi tentent de répondre. Sensible et délicat, ce film d’animation aborde à hauteur d’enfant la douleur de la disparition.

La Vie de château, mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi.

France, sortie le 15 octobre 2025, 1h21.

Avec les voix de : Nina Perez-Malartre, Frédéric Pierrot et Anne Alvaro

En 2016, Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’Limi répondent à un appel à projet lancé par France Télévisions : écrire pour une héroïne contemporaine. Bouleversés par les événements de novembre 2015, les cinéastes décident de raconter l’histoire d’une petite fille dont les parents ont été tués dans des attentats. Ils imaginent alors l’histoire de Violette devenue orpheline, à la suite de la tuerie du Bataclan, à travers un court-métrage qui remporte le prix du jury spécial TV au Festival d’Annecy en 2019, avant d’en obtenir d’autres à travers le monde. Suivront un roman jeunesse, puis des livres adaptés en séries à la télévision qui donneront naissance à ce long-métrage pudique.

Tout commence en 2020 avec La Vie de château, un court métrage animé de 20 minutes autour de Violette qu’on envoie vivre chez son tuteur, son oncle, agent d’entretien au château de Versailles. Violette ’aime pas son oncle. Primé dans différents festivals à travers le monde, La Vie de château connaître une deuxième vie avec le développement de son intrigue en mini- série de 6 épisodes pour la chaîne Okoo avec à la clé une sélection à Annecy, un prix et une projection sur grand écran qui donne envie à Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’Limi de prolonger l’aventure en long métrage. Le résultat est une réussite.

Violette, une fillette gaie, a 8 ans, du caractère et un nouveau tuteur. Depuis la mort de ses parents, elle doit vivre chez son oncle Régis, agent d’entretien au château de Versailles. Lui, c’est un géant bourru , elle, une petite fille têtue qui refuse de lui parler et qui ne pense qu’ à fuguer. D’abord rétive, Violette va s’attacher à lui et tout faire pour ne pas aller chez ses grands-parents. Régis va l’ apprivoiser, tout en affrontant son propre deuil et ses émotions enfouies. Tous deux vont devoir surmonter la peine d’avoir perdu une mère et une sœur, mieux se connaître et dépasser les fractures familiales. Peu à peu, un lien se tisse entre eux, certes fragile mais sincère et bouleversant. Ensemble, ils apprennent à laisser le passé derrière eux pour construire une nouvelle vie… royale.

Se plaçant à hauteur d’enfant, La vie de château, mon enfance à Versailles est un très bon film d’animation et aborde avec finesse et subtilité des sujets graves et importants, tels que la question du deuil et de ses étapes, le choc, le déni, la colère, le regard des autres, le poids de la famille mais aussi l’espoir, l’attachement, la résilience.

Récit pudique et émouvant, le film parvient à susciter l’émotion. La vie de château, mon enfance à Versailles s’affirme comme une ode à la joie de vivre. Il met aussi en avant le pouvoir réparateur de l’amitié et de l’amour.

Ce film d’animation regorge de qualités indéniables: la beauté de son animation sobre et épurée, l’écriture, la splendeur du dessin, les dialogues, le graphisme simple et fort, le travail précis du son, les voix ou encore le décor du château. L’image graphique est pensée en résonance du scénario. On aperçoit des changements dans les couleurs, les décors et personnages, qui évoluent conjointement avec les émotions de Violette. Mélodieuses et mélancoliques, les quelques notes de piano d’Albin de la Simone donnent le ton de ce film d’animation. De plus, du fait de la présence de Violette et de Régis au château de Versailles, des connexions se font entre leur histoire et la grande Histoire. La rencontre avec le fantôme de Louis XIV débouche par exemple sur une conversation d’une sensibilité étonnante entre deux êtres marqués par le deuil.

Tendre et touchant, avec son titre aristocratique et joyeux, La vie de château, mon enfance à Versailles offre une réflexion tout en douceur et en pudeur sur le deuil qui permet de renouer avec la joie et l’espoir au bout de ce processus.

Philippe Cabrol, Chrétiens et Cultures

#analysesdefilms

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