Arco
Analyse du film : ARCO
Arco est le premier film d’animation d’Ugo Bienvenu, illustrateur de bande-dessinées. Présenté à Cannes et au festival d’Annecy où il décroche le Cristal du long métrage, cette aventure made in France est un pur ravissement visuel autant qu’un récit futuriste porteur d’espoir.
C’est une fresque futuriste brillante pleine de recherche et d’inventivité, notamment en matière de graphisme.
ARCO de Ugo Bienvenu. France, sortie le 22 octobre 2025, 1h20.
Avec les voix de : Alma Jodorowsky, Swann Arlaud, Margot Ringard Oldra.
Cinq ans de travail, une ambition qui croit au futur et au réveil de l’imaginaire par l’enfance. Avec Arco, Ugo Bienvenu signe l’un des univers les plus audacieux de l’animation contemporaine. Il a été formé à l’école des Gobelins, à CaArts à Los Angeles puis les Arts Décoratifs de Paris. Figure connu de la bande dessinée, avec le robot signature Mikki dans Préférence système, album pour lequel il a reçu, il a six ans, le Grand Prix du jury au Festival international d’Angoulême, puis la relance du magazine Metal Hurlant, le dessinateur est aussi réalisateur. Après des courts-métrages et la série remarquée Ant-Man pour Marvel en 2017, il crée le studio Remembers avec Félix de Givry. C’est entre les murs de l’un de ces studios indépendants parisiens, avec une 2D que s’élabore le projet Arco.
Le réalisateur voulait une histoire originale, ce qui prend forcément du temps. Pendant deux ans, il a commencé à réfléchir aux films qui l’avaient touché plus jeune. Il s’est rendu compte que les vrais objets de fascination sont des dessins animés. Ce fait l’ a conforté dans l’idée que ça valait le coup de passer cinq ans sur un long métrage, à jouer avec des formes «Les films d’animation sont des objets de partage, encore plus, à mes yeux, que le cinéma en prises de vues réelles. Pendant le confinement, j’ai dessiné la tête du personnage qui deviendra Arco sortant du ciel avec une traînée arc-en-ciel derrière lui. J’ai commencé à imaginer l’histoire d’un enfant arc-en-ciel rencontrant une fille, Iris, qui va l’aider à rentrer chez lui », déclare -t-il.
Pour son premier film, Ugo Bienvenu opte pour une structure narrative relativement classique dans le cinéma d’animation contemporain, à savoir une première partie de récit dédiée à la découverte émerveillée d’un univers, et une deuxième partie en forme de course poursuite rythmée.
Dès ses magnifiques premières minutes, le film nous emmène dans un imaginaire incroyable, alors que des personnages casqués et habillés des capes traversent le ciel pour rejoindre leur demeure. Nous sommes en 2932, et l’humanité vit désormais au-dessus des nuages dans des villes jonchées sur des branches d’arbres artificielles. C’est un futur utopique qui cache une triste réalité : la surface terrestre n’est plus habitable depuis plusieurs siècles.
Lorsqu’il était en quête de son prochain projet, Ugo Bienvenu avait l’envie de dépeindre un monde meilleur, plus optimiste. Il avait en tête l’image d’un petit garçon arc-en-ciel pour un court métrage. Influencé par son producteur et ami Félix de Givry, ce petit garçon trouve un nom : Arco. C’est un début d’histoire, celle d’un monde futuriste et idyllique dans lequel les humains auraient enfin redéfini leur rapport à la nature. Le film Arco commence à voir le jour.
Le début s’ouvre sur un monde magnifique suspendu au-dessus des nuages, où les individus vivent dans des sortes de soucoupes avec des jardins luxuriants et de belles maisons. Les parents et la sœur du héros, Arco, reviennent d’un voyage en-dessous des nuages, d’où ils ont apporté une fougère et ont aperçu des dinosaures. Le petit garçon est fasciné mais il doit attendre l’âge de 12 ans pour comme les membres de sa famille, visiter le passé via une combinaison au look super-héroïque. Désobéissant et profitant du sommeil de ses parents, il décide de faire le grand saut et se lancer seul dans l’aventure, avec sur le dos une cape arc-en-ciel et un diamant qui équipe le bonnet. Une fois élancé, il se transforme en arc-en-ciel.-ciel. Il se retrouve alors propulsé sur la Terre, dans le passé, en 2075. Il est recueilli par Iris, une petite fille de dix ans, qui va tout faire pour l’aider à rentrer chez lui et retrouver les siens.
Le prénom d’Arco (il est intéressant de noter qu’arc-en-ciel en portugais se dit « arco- iris ») le prédestinait à incarner ce lien entre deux mondes que tout oppose. Dans le sien, l’humanité a trouvé refuge au-dessus des nuages, sur des petits îlots auto-suffisants, où ils peuvent, à l’aide de cristaux, voyager dans le temps pour ramener dans le futur des éléments du passé nécessaire à leur survie. Les familles sont omniprésentes. Iris vit dans une mégalopole ultra-connectée où les écrans dictent les rapports humains et où ses parents, chercheurs brillants mais absents, n’ont que peu de temps à lui consacrer. Dans le monde d’Iris la Terre est ravagée par des catastrophes naturelles de plus en plus nombreuses : tempêtes, incendies, forts orages… La population est à l’abri, leurs maisons cachées sous des bulles, mais jusqu’à quand ? Les adultes sont quasiment absents. Iris vit seule avec son petit frère Peter, élevée par son robot et meilleur ami Mikki. Ses rapports avec ses parents, trop occupés par le travail, sont artificiels et se limitent à du visio.
Arco ramène de la couleur et un semblant d’humanité dans le monde d’Iris qui est au bord de l’anéantissement. L’animation des scènes d’envol tranche radicalement avec le reste du film, profondément réaliste. Elles sont pleine de lumière et de magie, Et la quête d’Iris pour ramener Arco aux siens la pousse justement à sortir de cette bulle, pour oser faire quelque chose de nouveau. Arco ravive un monde qui a besoin d’échange, d’entraide et de solidarité et d’humour.
Avec ce film, nous sommes dans un futur plausible en lien avec nos problématiques modernes concernant le climat et l’intelligence artificielle. Dépendants de la technologie, les tâches jugées ingrates sont désormais traitées par des robots policiers ou domestiques. Ce film ne révolutionne rien dans sa peinture du futur, mais c’est dans cette promiscuité technologique et sociologique qu’il tire sa force. Cela s’explique dans un premier temps par la somptueuse patine visuelle du métrage, par des couleurs chatoyantes et une animation truffée de détails.
Il y a beaucoup de créativité dans le récit Arco brosse en effet un tableau alarmiste mais cohérent de l’avenir proche de notre planète. Une ère où les catastrophes écologiques sont devenues une norme quotidienne. Et où les relations entre les humains se désincarnent, au point ici qu’ils ne se fréquentent parfois plus que par hologrammes interposés. Une ère où les maisons sont par ailleurs individuellement placées sous des cloches protectrices.
Mais tout n’est pas catastrophiste non plus dans Arco : le personnage du robot Mikki, prêt à tout protéger Iris et son frère, montre que l’intelligence artificielle peut être une alliée, à condition de ne pas la dévoyer.
Arco est un film absolument magnifique, des images naturellement à la musique. L’inventivité est permanente. Les êtres humains composent avec l’Intelligence Artificielle qui est incarnée par des robots bienveillants, capables de remplacer les nourrices, les infirmiers/ères, les professeurs/res et les policiers.. Dans ce film, il est question de voyage dans le temps, d’amitié, de solidarité et d’écologie.
Chaque image est travaillée au détail près. La réalisation va à l’essentiel pour parler d’un monde, le nôtre dans cinquante ans, où, si l’on n’y prête pas garde, les possibles seront certes illimités, mais sans doute au mépris des besoins humains primaires. Sous son apparente simplicité narrative, Arco déploie une richesse thématique qui en fait une véritable fable contemporaine. Le film met en scène l’isolement affectif d’une enfant dont les parents, happés par le culte de la productivité, négligent les besoins émotionnels. Mais il aborde aussi des préoccupations plus larges : menace climatique, désastre écologique et perte de repères collectifs. Dans ce futur, la technologie omniprésente se révèle incapable de combler le vide existentiel, tandis que la relation entre Iris et Arco esquisse une autre voie : celle d’une solidarité qui dépasse les générations et les temporalités.
La trajectoire d’Iris, qui trouve en Arco un frère d’âme, interroge la résilience des enfants face aux carences d’un monde adulte défaillant. À travers elle, Bienvenu oppose la pureté de l’enfance à la dureté d’un système aliénant. Loin de toute morale, le film préfère suggérer.
La réussite du film tient à sa puissance esthétique. Ugo Bienvenu mobilise une animation d’une fluidité remarquable, où chaque plan semble respirer. Les architectures futuristes, baignées de néons et de lumières froides, contrastent avec la chaleur des instants partagés entre Iris et Arco. La combinaison arc-en-ciel du garçon devient un motif récurrent, éclat d’espérance dans un univers dominé par la grisaille technologique.
À la croisée du conte et de l’anticipation, Arco s’impose comme une œuvre à la fois tristement visionnaire et profondément humaine. Il offre une méditation sur l’absence, la mémoire et la capacité des plus jeunes à réinventer l’avenir.
Arco est conscient de ses influences et les saisit pour mieux exister par lui-même : films d’aventures, en particulier E.T de Spielberg, aux classiques de l’animation : la palette 2D de l’âge d’or de Walt Disney pour tracer la nature, la poésie de Grimault et Le Roi et l’Oiseau, jusqu’à La Planète sauvage de Laloux. Les décors basés sur une harmonie utopique entre l’homme et la nature évoquent Miyazaki, mais les personnages humains ou robotiques semblent quant à eux appartenir à un autre style d’animation. La densité quasi spirituelle des paysages évoque ainsi la minutie et l’onirisme des artistes de Ghibli.
Par cette fable philosophique et mystique. Ugo Bienvenu nous invite au rêve, à l’enchantement, mais aussi à la réflexion et à la connaissance. Ce film d’animation nous guide vers son ultime aspiration : celle de créer à nouveau et rêver d’un avenir habité par une conviction poétique. C’est une belle aventure, pleine de courage, de solidarité, d’abnégation et d’espoir pour demain pour un futur de perspectives et d’espérance.
Philippe Cabrol, Chrétiens et Cultures
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