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Petite nature

Analyse du film actuellement au cinéma : Petite nature

Second long-métrage de Samuel Theis, Petite Nature raconte l’émouvante histoire de Johnny, un enfant de dix ans futé, curieux, débrouillard, mais aussi fragile. Injustement victime de la vie sentimentale dissolue et de la condition sociale de sa mère, il va devoir lui tenir tête pour s’accomplir seul. Le jeune garçon se heurte également à la fainéantise de son grand frère et veille sur sa petite sœur. En réalité, Johnny est tout sauf une petite nature, il lutte de toutes ses forces pour échapper à sa condition. A la rentrée scolaire, intègre la classe de Monsieur Adamski, un professeur d’école bousculé par l’arrivée inattendue d’un élève aussi brillant. Croyant fermement à son potentiel, ce dernier lui ouvre les portes d’un nouveau monde. Attiré par son savoir, ses connaissances et son statut social, Johnny va s’éprendre de ce professeur d’école. Récit d’apprentissage à la mise en scène sobre, Petite Nature vibre en même temps que son personnage et s’éveille à la beauté pure des sentiments. Le film brasse des thématiques fortes : l’incommunicabilité, le déterminisme social, l’échec scolaire, le désir, les premiers émois, la sapiosexualité, la pédophilie, la malbouffe… sans jamais sombrer dans la vulgarité d’un ostentatoire élan amoureux interdit, impossible. Le réalisateur choisit également de nuancer l’amour que porte Johnny à Monsieur Adamski. Ici, l’attirance de l’enfant pour l’adulte est surtout sapiophile. Johnny étouffe dans son quartier, dans son milieu et du haut de ses dix ans, il souhaite s’y arracher et voit en son professeur un levier d’ascension sociale. De son côté l’enseignant voit en Johnny un enfant intelligent que l’école peut sauver. Sa seule méprise : avoir pris l’enfant sous son aile, peut-être un peu plus que les autres élèves de sa classe. Le réalisateur brosse ici le portrait sensible d’une classe sociale défavorisée, d’une France des oubliés qui n’a pas ou trop peu accès à la culture, à la contemplation du Beau. Petite nature a conquis le public de la semaine de la critique au Festival de Cannes 2021.

Philippe Cabrol

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