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Wild Men

Analyse du film : Wild Men de Thomas Daneskov

D’un côté, nous avons Martin. Il a préparé ses valises et dit à sa femme qu’il partait à un séminaire de cohésion d’équipe pour son entreprise. En réalité, il a tout lâché. Depuis dix jours, habillé de peaux de bêtes, il vit dans un camp en pleine forêt norvégienne et tente de survivre comme un chasseur-cueilleur d’il y a plusieurs millénaires, chassant avec un arc qu’il a fait lui-même.

Une vie en pleine nature qui est loin d’être simple : en bon homme moderne, Martin n’est pas un chasseur invétéré, il perd facilement la trace de ses proies, et quand la faim se fait sentir, prendre de la nourriture dans un petit supermarché local est une tentation trop forte. De l’autre côté, nous avons Musa, délinquant danois parti avec ses deux collègues Simon et Bashir faire du trafic de hash à Guddalen, en Norvège. Victime d’un accident de voiture, il va abandonner ses compagnons et se réfugier dans les bois où, bien évidemment, il rencontrera Martin.

“On passe tous notre temps à nous déguiser”, dit Øyvind à Martin à la fin du film. Pour nous le prouver, Thomas Daneskov brasse largement les sujets qu’il dynamite de son ironie mordante : à quoi servent les hommes, notamment depuis que chasser pour se nourrir est devenu inutile ? Jusqu’où est-on prêt à se dépouiller pour prouver que la nature est préférable à la civilisation ?

Thomas Daneskov, combine avec subtilité comédie et thriller dans une sorte de buddy movie danois. Quelque part entre un The Revenant qui ne se prend pas au sérieux et un univers absurde à la Coen

Ce qui va unir les deux personnages, dans un premier temps, c’est la fuite. Musa fuit la police qui sera inévitablement attirée par la voiture accidentée sur la route. Martin fuit une civilisation dans laquelle il ne se reconnaît plus. En forêt, pas de patron, pas de courrier, rien de ce qui l’oppressait dans sa « vie d’avant ».

Avec Wild Men, le réalisateur danois Thomas Daneskov porte un regard original et piquant sur la crise de la quarantaine. Gentil et serviable, Martin traverse à sa façon une période de remise en cause. Face à sa totale incapacité à s’exprimer, il trouve dans la fuite une réponse à ses problèmes. Ne parvenant pas à avouer à sa femme son mal-être, son désir d’intimité, il s’enfonce dans son mensonge et s’imagine une nouvelle vie.

Dans Wild Men, la nature est chargée de plusieurs significations. Elle est d’abord perçue comme un lieu d’authenticité. Se retrouver en peau de bêtes loin de toute modernité serait, pour Martin, le meilleur moyen de « se retrouver ». Mais le film montre vite les limites de cette pratique : la société moderne s’invite partout, et s’en débarrasser n’est pas évident. Il est assez cocasse de voir Martin tenter de vivre comme au néolithique tout en écoutant de la musique sur son smartphone. De cette utopique envie de retour aux sources, le scénario s’en amuse en ajoutant de nouveaux outils à la disposition des Vikings modernes : le terminal de cartes bancaire et la voiture électrique. Lieu paradoxal, favorisant aussi bien l’isolement que le tourisme, la nature est surtout le lieu qui met en évidence les contradictions des personnages. 

Wild Men, est un anti Jeremiah Johnson. Dans le chef-d’œuvre de Sydney Pollack, Robert Redford fuyait la civilisation des hommes et sa violence dans un élan de courageuse conviction pour se confronter à la rudesse des montagnes. Dans Wild Men, Martin fuit surtout ses responsabilités de père et de mari. Son courage s’effondre vite devant la faim ou devant sa femme à laquelle il ment au téléphone sur ce qu’il est en train de faire. Martin voudrait vivre comme ses ancêtres, mais l’évidence veut qu’il n’en a pas vraiment les capacités.

Avec ce récit aussi drôle que juste, Wild Men est un récit tour à tour amusant, aventureux et rythmé.

Philippe Cabrol

https://www.youtube.com/watch?v=EpwHrufwArU
https://chretiensetcultures.fr