Différente
Analyse du film : DIFFERENTE
DIFFERENTE de Lola Doillon, France, 1h40/ Sortie dans les salles le 11 juin 2025
Avec : Jehny Beth, Thibaut Evrard, Mireille Perrier.
Katia a du mal avec le bruit, avec la lumière, avec le monde, les gens, les fêtes. À 35 ans, elle ne cesse d’enchaîner les boulots, ne saisit pas toujours le second degré, est d’un tempérament sauvage et inquiet. On lui reproche souvent de ne pas s’intégrer au groupe et d’être trop attachée à ses habitudes.Elle est différente, mais pas suffisamment pour que ses proches – sa mère, son copain, ses collègues de travail – la considèrent comme victime d’une pathologie quelconque. Misant sur la bizarrerie de l’héroïne, tous se sont habitués à ses sautes d’humeur, à son goût pour la solitude et à sa timidité qui, curieusement, se transforme parfois en agressivité déstabilisante.
Katia est aussi une jeune femme brillante, elle travaille en tant que documentaliste dans une rédaction. Elle est obsessionnelle et sa curiosité paraît insatiable. Elle ne le sait pas encore mais elle est autiste et son métier la conduira bientôt à découvrir les multiples particularités de ce trouble.
Un beau jour, elle fait la connaissance de la présidente d’une association qui se bat pour que l’autisme soit mieux détecté et pris en charge en France. . Un éclair jaillit dans son esprit : ne serait-elle pas atteinte de ce trouble? Et à quelle échelle? Elle décide aussitôt de consulter une spécialiste..
À travers les recherches de Katia, et sa quête personnelle de diagnostic, on en apprend donc autant que devant un documentaire. Un traitement très pédagogique, qui manque parfois de naturel et s’insère trop lourdement dans l’histoire, si sensible et poignante, de Katia.
Différente est un sujet peu traité au cinéma. À travers une recherche documentaire, Lola Doillon aborde le retard de la prise en charge de l’autisme en France. Pour cela, la réalisatrice utilise la mise en abîme, avec son héroïne, Katia, qui se voit confier par hasard une interview par un collègue journaliste.
Ce film est une histoire de regard, de celui que l’on porte sur soi mais aussi et surtout de celui que les autres portent sur nous. C’est aussi une histoire romantique qui montre l’évolution de la relation sentimentale très attachante entre Katia et Fred,
Différente n’est pas qu’un un film sur l’autisme, c’est un film sur la vie, avec ses doutes, ses maladresses et ses éclats de lumière.
Lola Doillon confie avoir eu le désir de faire une histoire d’amour. « On m’a finalement proposé une histoire sur l’autisme, mais avec des enfants. Je me suis informée, documentée, et je suis tombée sur cette forme d’autisme, Asperger. J’ai décidé de faire un mixe, de faire un pont entre une histoire d’amour et cette forme d’autisme spécifique qui est une spécificité neurobiologique. On le sait désormais, ce n’est pas une maladie, précise la réalisatrice. Et d’ajouter : » J’ai également découvert que l’autisme féminin est finalement très peu étudié, les études portent plus sur les hommes. De plus, pour des raisons qui ne sont pas encore bien identifiées, les femmes sont beaucoup plus capables de masquer les signes de l’autisme, consciemment ou non, souvent inconsciemment d’ailleurs, il est donc plus difficile à déceler chez elles ».
« Le spectre de l’autisme est très large. Dans mon film, je parle de l’autisme asperger sans déficit intellectuel mais je raconte surtout l’histoire d’une personne. Chaque autiste a un profil particulier. Il y a autant d’autismes que d’autistes. Katia n’est pas représentative de tous les autistes. J’ai d’ailleurs à plusieurs reprises corrigé le scénario, à la suite de conseils prodigués par des personnes personnellement concernées par le sujet. La difficulté que rencontrent les autistes, ces personnes qui n’arrivent pas à entrer dans tous les codes m’intéresse car tous, à un niveau ou à un autre, nous avons parfois du mal à entrer dans les codes imposés par la société. Le film est aussi un message qui incite à la bienveillance et à la compréhension».
La réalisatrice dans son film met en évidence le déni des proches et des parents, notamment de la mère de l’héroïne Katia qui refuse d’admettre que sa fille est autiste car elle culpabilise. Ce qui est compréhensible, pendant longtemps les psychologues et les psychiatres, notamment Bruno Bettelheim, ont considéré que l’autisme chez les enfants était dû à une carence affective de la part de la mère.
C’est un film sensible et touchant
Philippe Cabrol
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