Météors
Analyse du film : METEORS
sortie le 8 octobre 2025 en salle | 1h 48min | Drame
De : Hubert Charuel, Claude Le Pape
Avec : Paul Kircher, Idir Azougli, Salif Cissé
Huit ans après Petit Paysan, Hubert Charuel est de retour au Festival de Cannes avec Météors. Présentée dans la sélection Un certain regard, cette œuvre nous embarque dans la Haute-Marne, terre natale du cinéaste située en plein cœur de la diagonale du vide (La diagonale du vide est un surnom donné à une large bande du territoire français allant de la Meuse aux Landes où les densités de population sont relativement faibles par rapport au reste de la France.)
Buddy movie où l’amitié est aussi magnifique que toxique, Météors met en scène deux jeunes, bien ancrés dans leur époque, mais qui n’ont pas totalement fini de grandir.
C’est l’histoire de Mika, équipier dans un fast-food, de Daniel, dit Dan, « glandeur professionnel » et de Tony, un entrepreneur-magouiller dans le BTP. Leur survie à Saint-Dizier est fortement liée à leur amitié. Dan et Mika partagent un appartement, ainsi que des soirées arrosées d’alcool et de drogues, et des bêtises en tout genre. Interpellés suite au vol d’un chat de concours qui, de plus, leur a échappé, Dan et Mika doivent prouver qu’ils sont amendables en trouvant du travail et en rompant avec leurs addictions. Le jour de l’audience, une crise d’épilepsie met au jour une cirrhose chez Dan. Sauf à suivre une cure, ses jours sont comptés. Or, les amis rêvent de partir travailler dans un chenil à la Réunion.
Entre les efforts pour ne plus boire et la recherche du chat, Dan et Mika demandent à leur ami Tony, troisième membre de leur groupe et entrepreneur de coffrages d’enfouissement de déchets nucléaires, de les recruter. Les deux compères commencent à travailler dans une poubelle nucléaire pour sauver leur peau : un boulot difficile, qui mettra leur amitié en danger. Si Dan se montre appliqué, Mika s’interroge sur le sens de son travail. Celui-ci se questionne, ce travail va aiguiser son sens critique, tandis que Dan poursuit sa chute
Météors trouve l’origine de son titre dans des apparitions célestes qui témoignent de la vacuité de l’existence et de la rapidité avec laquelle une étoile peut s’écraser sur le sol.
Mika et Dan sont comme des météores. Ils traversent, ils brûlent, et puis ils chutent. Ils s’intéressent à l’astronomie, ou podcasts, que Mika écoute pendant son sevrage, qui évoquent la mort des comètes. De plus, Daniel est un peu une étoile filante. Il illumine, puis disparaît. Et cette métaphore parcourt tout le film.
La thématique de la dépendance est centrale dans le film, mais elle est montrée avec pudeur. Les signes visibles de l’alcoolisme ne sont pas présents : pas de corps ravagé, de scènes trash. C’est le médecin du film qui décrit les conséquences néfastes de l’alcoolisme pour Dan.
Le film aborde aussi la question de l’écologie à travers l’enfouissement des déchets nucléaires. Les cinéastes osent leur regard sur les ravages de l’industrie nucléaire, installée dans une région manifestement considérée par les pouvoirs publics comme sacrifiable dans son rapport à son territoire, mais qui a retrouvé « une santé économique » en accueillant les déchets nucléaires de la France. Le film a été tourné non loin du très contesté site d’enfouissement de Bure. Les réalisateurs ont voulu montrer comment cette question de l’enfouissement, de l’intoxication du sol, fait écho à celle de l’intoxication des corps et des esprits. Les déchets sont acceptés pour améliorer la vie, en fermant les yeux sur les conséquences de demain.
Le plus beau et le plus touchant dans le long-métrage demeurent l’amitié des deux jeunes protagonistes: une amitié belle, sincère, qui ressemble à une fraternité. Leur affection est intense, malgré leurs difficultés à surpasser les épreuves. Au cœur de leur amitié, se développent les ressorts d’une résilience. Mais surtout n’existe-t- il pas pour eux une perspective pour le rêve: un refuge pour chiens à La Réunion et le droit à choisir leur liberté ? Paradoxalement, leur amitié peut être aussi amitié toxique. Dan ne cesse d’emporter son ami dans des situations précaires, « des plans foireux » et le fait souffrir à cause de ses tendances autodestructrices.
Dans ce long métrage on ne voit pas leurs familles, leurs copines, seulement quelques femmes: juge, addictologue ou avocate, prêtes à aider les deux héros. Mika, qui paraît le plus responsable des deux, tente d’élever son ami vers une forme de sauvetage physique et moral, mais il n’ y arrive pas. Le meilleur allié pour trouver une aide n’est-il pas d’abord lui-même ?
La mise en scène s’efforce de conjuguer beaucoup de tendresse dans les rapports qu’entretiennent les deux garçons, mais surtout une grande dignité pour les gens de l’Est de la France. Hubert Charuel est un cinéaste attaché aux gens de peu.
Les cinéastes prouvent leur capacité empathique en explorant la thématique de l’amitié, qui représente la promesse d’un salut, celui de s’extraire de ce quotidien sans éclat, mais aussi son lot d’épreuves, l’immaturité et les dépendances de Mika et de Dan.
Hubert Charuel et Claude Le Pape nous offre un film nécessaire, sensible et résolument humain.
Philippe Cabrol, Chrétiens et Cultures
#analysesdefilms
