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Teresa

Analyse du film : TERESA

Projeté en ouverture et en première mondiale dans la section Orizzonti, section dédiée aux œuvres nouvelles et originales, à la Mostra de Venise 2025, Teresa a marqué le retour de Teona Strugar Mitevska sur la scène internationale.

Ce film n’est pas un biopic au sens littéral du terme, ce n’est pas une biographie exhaustive de Mère Théresa devenue « légendaire » et canonisée en 2016 par le Pape François. C’est un chronique qui la saisit à un moment décisif de sa vie.

Teresa de Teona Strugar Mitevska. Belgique/Macédoine/Suède/Danemark/ Inde.

Sortie en France le 10 décembre 2025, 1h43mn.

Avec : Noomi Rapace, Sylvia Hoeks.

Avant ce film, la réalisatrice avait déjà exploré la vie de Mère Teresa dans son documentaire Teresa et moi, pour lequel elle avait recueilli les témoignages des quatre dernières sœurs des Missionnaires de la Charité. Cette expérience lui a permis d’approcher la religieuse sous un angle intime, toutes les deux sont nées à Skopje, en Macédoine du Nord.

L’action du film se situe en 1948. D’origine albanaise, Agnes Gonxha Bojaxhiu, devenue Mère Teresa., est arrivée à Calcutta vingt ans plus tôt, à l’âge de 19 ans. Elle est entrée dans la congrégation des Sœurs de Lorette, dans le couvent de Loreto, à Kolkata. Supérieure du couvent, elle nourrit un grand projet : sortir du couvent pour créer un nouvel ordre religieux, entièrement dévoué au service des plus pauvres, dans les bidonvilles de Calcutta. Elle a fait sa demande officielle au Vatican, et attend impatiemment la réponse du Pape Pie XII.

Le film se concentre sur les sept jours qui changent tout. Teresa y vit en religieuse, partagée entre le confort du monastère et la misère qu’elle voit chaque jour à la porte. Pendant une semaine, seule dans Kolkata, Teresa fait l’expérience du doute, de la peur, de la fatigue, mais aussi d’une foi qui vacille et se renforce à la fois. Mais sa possible héritière, la sœur polonaise Agnieszka cache un lourd secret. Elle doit refuser cette proposition car elle est enceinte du fruit d’une brève relation amoureuse. Déchirée entre ses convictions religieuses et la réalité de cette confession, Mère Teresa se retrouve confrontée à un dilemme intime et moral.

Le sujet du film est le questionnement de Teresa, sa force de caractère, son combat intime. Teresa est fragile et déterminée, tourmentée par ses choix, souvent bouleversée, parfois dure ou silencieuse. La réalisatrice voulait éviter tout effet de «sainteté»: Teresa apparaît comme une femme réelle, qui doute, hésite, souffre et agit malgré tout. On découvre une religieuse aux principes moraux souvent rigides, qui peut faire preuve d’une certaine cruauté, d’intolérance ou d’un autoritarisme déstabilisant.

Le scénario s’appuie sur des faits historiques mais ne cherche pas la reconstitution minutieuse. Il s’intéresse surtout à l’expérience humaine: la solitude, le choc de la ville, la confrontation, l’indifférence, l’effort d’inventer un chemin hors des règles établies. On suit Teresa, dans sa lutte pour comprendre et agir. Loin de la piété ou de la polémique, le film cherche à montrer la difficulté d’un engagement total: comment trouver sa place? Jusqu’où aller pour être fidèle à soi-même?

Le choix de Noomi Rapace, actrice suédoise connue pour son intensité, a de quoi surprendre. L’actrice donne au rôle une force nouvelle. Elle joue une mère Thérésa avec une ferveur quasi mystique. Elle est magistrale dans un rôle tout en tension contenue. Face à elle, Sylvia Hoeks incarne avec justesse la candeur d’Agnieszka.

Teona Strugar Mitevska rappelle que toute légende est d’abord une histoire de courage et d’incertitude. En rendant à Mère Teresa son humanité, le film invite à regarder autrement une femme qui, loin d’être une sainte dès le départ, fut surtout une chercheuse de sens, une combattante du quotidien.

Depuis son film Dieu existe, son nom est Petrunya, la cinéaste macédonienne n’a pas peur de « s’attaquer » aux dogmes religieux machistes et absurdes. Teona Strugar Mitevska aborde donc la religieuse et ses contradictions de manière frontale. Elle renverse le regard, elle dépouille la figure canonisée de sa sacralité pour en révéler la femme, complexe, fière, souvent dure, parfois perdue.

Teona Strugar Mitevska poursuit une filmographie sur les destins de femmes en lutte contre les inégalités et les carcans sociaux ou religieux. Avec Teresa, elle déconstruit le mythe et signe un portrait aussi intime que novateur: celui d’une icône à double visage, martyre et bourreau de sa propre vocation, femme de son temps à la fois porteuse d’une vision humaniste mais prisonnière de ses idées rigoristes, ni pure ni coupable, mais profondément humaine et attachante.

Philippe Cabrol

#analysesdefilms

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