Rebuiling
Analyse du film : REBUILDING
Ce film présenté au Festival de Deauville 2025 a pour sujet la réinsertion d’un fermier de l’Ouest américain ayant tout perdu à cause des incendies qui ont ravagé la région.
L’idée de ce film est venue à Max Walker-Silverman après l’incendie de la maison de sa grand-mère, non pas à cause de la perte , mais pour ce qui en a découlé : la solidarité et l’espoir d’une seconde chance. Ce lien personnel avec la région et cette profonde empathie sont au cœur de Rebuilding.
Rebuilding de Max Walker-Silverman, États-Unis, 2025, sortie en France le 17 décembre 2025, 1h35 mn.
Avec : Josh O’Connor, Meghann Fahy, Kali Reis, Lily La Torre.
Après les incendies qui ont ravagé sa région, Dusty voit son ranch réduit en cendres. Le jeune fermier,qui a tout perdu se voit proposer provisoirement, comme à d’autres sinistrés, un mobile home, géré par le gouvernement. Réfugié dans ce camp de fortune de la FEMA ( Agence fédérale de gestion des situations d’urgence), il tente de redonner un sens à son existence. Il en profite pour renouer avec son ex-femme Ruby et Callie Rose, sa fille qu’il connaît mal et qu’il a perdue de vue depuis son divorce.
Les premières scènes de Rebuilding s’apparentent presque à une méditation. Dusty se tient à distance de tous. Il se perçoit comme différent des autres personnes du camp où il loge comme s’il n’était que de passage. Il croit que sa perte est temporaire, contrairement à la leur. Le film prend son temps pour déconstruire cette illusion, de même pour les relations qui se dévoilent progressivement.
Dusty va trouver soutien et affection là où il s’y attend le moins. Peu aidé par les pouvoirs publics et mal assuré, Dusty va pouvoir compter sur les autres sinistrés, relogés comme lui, notamment Mali, quia perdu son mari dans l’incendie de son exploitation. Entouré de personnes qui, comme lui, ont tout perdu, des liens inattendus se tissent. Dès qu’il commence à participer aux dîners de groupe, on le voit changer.Bien qu’il ne s’agisse pas d’une veillée funèbre, le feu symbolise la mort pour chacun. Rapidement, ce groupe de victimes déplacées tisse des liens, chacun portant en lui une histoire de deuil. Face à la perte et à la détresse, l’esprit de communauté et la solidarité deviennent essentiels. La renaissance ne peut venir que de la communauté, mais aussi de la prise de conscience que les feux reviendront à nouveau tout détruire tôt ou tard. La relation la plus touchante est sans doute celle que Dusty tisse avec Mali une autre survivante confrontée elle aussi à un moment familial. C’est la patience du quotidien, la lente couture des plaies.
De même son ex-épouse Ruby est présente pour lui. Le film n’exploite jamais cette situation pour créer un conflit entre eux, au contraire Ruby, est patiente mais ferme Leur fille, Callie-Rose, est l’étincelle qui rattache Dusty au monde qui lui reste. Elle décore sa caravane d’étoiles phosphorescentes, un petit geste d’une grande profondeur émotionnelle. Ces étoiles évoquent un nouveau ciel, et peut-être un nouveau départ.
C’est elle qui, en encourageant les visites de leur fille , donne à Dusty une nouvelle mission et, par là même, un nouveau sens à sa vie. Père et fille vont maladroitement tenter de se retrouver, ils sont tous les deux timides et peu bavards.
C’est surtout assis à l’arrière du pick-up, devant une bibliothèque publique pour bénéficier du Wi-Fi, qu’ils vont apprendre les gestes père-fille. Ce duo montre ainsi qu’au milieu de la détresse, l’amour et la réconciliation trouvent toujours leur chemin et que les biens matériels perdent toute valeur. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, il retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire. Dusty retrouve peu à peu la lumière et embrasse à nouveau la paternité.
Rebuilding ne s’intéresse pas aux grands gestes. Il s’attache plutôt à la manière dont les gens portent le deuil. Nous le voyons dans leur être profond, dans le quotidien de leur vie, dans leurs gestes. quotidiens. Le film prend du temps sur les gestes les plus simples du quotidien qui en deviennent des rituels.Ainsi Dusty balaie le sol de sa caravane., participe à un repas communautaire, va voir et parler avec son ex-épouse et sa belle-mère, pour laquelle il a une profonde affection.
Josh O’Connor et Lily LaTorre, dans le rôle d’un père et sa fille, avec passion et de talent, confèrent sa profondeur émotionnelle au film. Dusty apparaît non pas comme un homme brisé, mais comme quelqu’un qui essaie de donner un sens aux « fragments de vie » qui lui restent.C’est un homme solitaire, perdu, confus, empli de doute et à la recherche d’un nouveau foyer et d’un but. Il est silencieux et a gestes mesurés. Son regard intense et bouleversant exprime la souffrance du monde, notamment dans le monologue où il évoque la douleur de perdre non seulement des objets, mais aussi les souvenirs qu’ils renferment. la possession des biens et leurs souvenirs Nos possessions ne renferment-elles pas les histoires que nous oublions porter en nous ? Lorsqu’elles disparaissent, une partie de nous ne disparaît-elle pas avec elles. La présence de Lilly LaTorre est saisissante. Elle porte l’histoire avec un charme naturel et spontané.
Le titre du film de Walker-Silverman pourrait surtout s’interpréter comme la reconstruction d’une relation père-fille. Dans cette Amérique marquée par les catastrophes climatiques, le film évoque aussi la perte, la solidarité, la résilience et la reconstruction intime et collective, filmée comme un acte de foi silencieux. Le rapport entre la nature, la mémoire et la famille est montrée dans une mise en scène épurée. Cette idée – que ce sont les personnes que nous connaissons et ce que nous faisons les uns pour les autres qui constituent les véritables piliers de nos vies – résonne profondément dans « Rebuilding ».
Dans cette Amérique marquée par les catastrophes climatiques, le film évoque la perte, la reconstruction et la résilience. Entre paysages dévastés et liens humains, Rebuilding observe comment une communauté se réinvente face à la fragilité du monde naturel. d’en vanter les mérites de la solidarité. Rebuilding , récit poignant et actuel de l’expérience humaine, est une histoire de vie et de résilience face à l’adversité. À travers
L’ensemble des acteurs livre des performances sobres et touchantes,
Tourné dans le Colorado avec des acteurs professionnels et locaux, il se distingue par son humanité et son ancrage territorial.La beauté de la vallée de San Luis, au Colorado, constitue un décor impressionnant et un contraste remarquable avec les forêts brûlées. Ici, la beauté et la destruction sont indissociables. C’est ce paradoxe, associé à un amour inébranlable pour sa terre natale, qui incite les personnes déplacées par le feu, comme Dusty, à rester et à oser prendre un nouveau départ.
Max Walker-Silverman parvient à rythmer son film par quelques moments simples et contemplatifs, qui trouvent écho par leurs cohérences dans le déroulement du film. et avec une belle bande-son country et folk.
Le jury œcuménique de Karlovy Vary 2025 a décerné son prix à Rebuilding, réalisé par Max Walker-Silverman, son deuxième long métrage, « Avec délicatesse, le réalisateur explore les thèmes de la communauté, de la famille recomposée, de la générosité humaine profonde, de l’altruisme et de la coopération. Ce film austère et visuellement saisissant est une belle histoire, une affirmation de la vie qui offre de l’espoir face aux épreuves, tant personnelles qu’environnementales ».
Philippe Cabrol
#analysesdefilms
