Dites-lui que je l’aime
Analyse du film : DITES-LUI QUE JE L’AIME
Romane Bohringer a présenté au Festival de Cannes 2025 son deuxième film en tant que réalisatrice. Avec ce nouveau projet documentaire, elle poursuit dans une veine autobiographique son intimité.
Dans Dites-lui que je t’aime, elle questionne son mal d’amour et sa peur de l’abandon, sentiments qui l’obsèdent et qui remontent, tôt dans son enfance.
Dites-lui que je t’aime de France, 2025, sortie le 7 décembre 2025, 1h32mn.
Avec : Philippe Rebbot, Josiane Stoléru, Clémentine Autain, Romane Bohringer
Il y a une voix off pour donner le ton : « On ne se rend pas compte comment un enfant souffre ». « Ce soir ta mère ne va pas t’appeler…. Parce que son cœur ne bat plus ». Le film va célébrer la place des mères dans nos vies.
Pour son film, Romane Bohringer va être influencée par l’ouvrage de Clémentine Autain Dites-lui que je t’aime, l’histoire d’une fille qui vit le destin de sa mère comme une malédiction. Romane Bohringer va réécrire l’histoire de la sienne, dans un récit pudique et généreux.
Dans son livre, Clémentine Autain raconte son enfance abîmée aux côtés de sa mère Dominique Laffin, icône du cinéma d’auteur français des années 1970- 1980 et morte à 33 ans. Ce livre de réconciliation et d’hommage à sa mère a bouleversé Romane Bohringer, non seulement par sa puissance émotionnelle, mais, aussi, par le fait qu’il résonne avec sa propre expérience. La -réalisatrice a elle-même été abandonnée à l’âge de 9 mois par sa mère et disparue prématurément quand elle était adolescente. se présente donc aussi comme une quête personnelle, une tentative de lever le mystère sur la femme qui lui a donné la vie et qu’elle n’a presque pas connue.
« J’ai l’impression qu’on est pareilles », confie Romane Bohringer dans le film. « Cette enfant qu’elle a été, meurtrie par l’absence d’une mère trop fragile. Ces souvenirs où se mêlent la peur, la honte, la déception. Le long chemin qu’elle a emprunté pour se réconcilier avec tout ça et devenir mère à son tour. Je me reconnaissais partout. Elle, c’était moi ! »
Dans ce film bouleversant, entre la fiction et l’enquête documentaire, l’humour et le drame, Romane Bohringer livre un témoignage très intime. Elle met en scène ses séances de psy pour faire progresser le récit, fait lire à Clémentine Autain son texte en studio, fait de ses souvenirs d’enfance de petites fictions jouées par des actrices, et assumer sa démarche, l’enquête qui l’emmène sur les traces de sa mère, enfant sacrifiée de la décolonisation et de la guerre d’Indochine, petite fille de sang mêlé adoptée par des Français maltraitants puis abandonnée, qui s’entendra dire par l’administration qui a perdu ses papiers qu’elle n’existe pas.
Romane Bohringer capte les émotions et les images, les confidences des uns et des autres, et ce avec amour, générosité et douceur Elle questionne l’intime, celui de Clémentine Autain tout autant que le sien. Elle confronte deux situations similaires, interroge le rapport à la mère, la construction d’une jeune femme confrontée à la disparition d’une mère. Elle interroge la fragilité d’une existence, la difficulté de vivre et de se confronter à des démons, les angoisses, les doutes, les manques affectifs.
C’est une histoire stupéfiante ! Deux mères qui avaient l’une et l’autre pour ainsi dire rayé des souvenirs intenses de leur vie. Mais fouiller dans leurs histoires douloureuses a changé leur regard.
Quand j’ai découvert le livre de Clémentine Autain, dès la deuxième page j’ai eu une espèce de sidération devant la gémellité de nos histoires. C’était comme si elle avait tout écrit pour moi, a déclaré Romane Bohringer.
Philippe Cabrol
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