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Les œuvres récentes de Daniel Dezeuze au Musée Paul Valéry, à Sète

Le musée Paul Valéry, installé au flanc du Mont Saint-Clair sur une terrasse surplombant le Cimetière marin et la Méditerranée, dispose d’une situation exceptionnelle. Son architecture, conçue par l’architecte Guy Guillaume, s’inscrit dans la logique des bâtiments du Corbusier.

L’exposition en cours est consacrée aux œuvres que Daniel Dezeuze a réalisées depuis 2000. Né en 1942 dans une famille d’artistes montpellieraine, Daniel Dezeuze est un artiste voyageur. Ses séjours en Espagne, à Mexico, à Toronto et à Paris lui permettent de rencontrer des artistes d’avant-garde. Après avoir été l’un des fondateurs du mouvement Supports/Surfaces, il s’établit à Sète en 1978 et explore de nouvelles pistes artistiques. Ses œuvres sont forgées à partir de matériaux de récupération et d’objets humbles, détournés de leur usage. Ses recherches, qui sont nourries par une réflexion spirituelle et philosophique, témoignent d’une curiosité pour les autres cultures et les formes d’art héritées du passé.

Dans la série qui ouvre l’exposition, « Peintures qui perlent, chant des oiseaux », l’artiste fait pépier les couleurs en les associant au chant des oiseaux. Les tableaux posés sur la pointe évoquent ceux des dernières années de Piet Mondrian, un des pionniers de l’art abstrait. L’œuvre « Tsimtsoum » est constituée de lattes de bois entrecroisées comme un treillis de jardin qui peut s’élargir ou se rétrécir. Son titre évoque la Kabbale, une tradition mystique issue du judaïsme. Le terme « tsimtsoum » signifie en effet « contraction » en hébreu et évoque la création du monde, ce moment où Dieu se retire pour permettre à sa création d’exister.

La curiosité pour la culture chinoise a conduit deux fois l’artiste dans l’empire du Milieu. Dans ses « Grandes calligraphies », des assemblages de skis effilés surgissent du vide et se déploient sur le mur, à l’image du pinceau qui inscrit son trait vif sur la page blanche. Les magnifiques « Diptyques ou échelles chinoises » font écho aux rouleaux de la peinture chinoise ancienne. Ils font dialoguer une échelle ajourée aux tons sombres et une échelle animée par trois couleurs. Les formes sont géométriques, mais irrégulières : l’artiste veut échapper à une réalisation trop parfaite.

Quant à la série d’œuvres « Mayas », elle est inspirée par un voyage de jeunesse de l’artiste à Mexico. Le vert du fond est rehaussé d’éclats bleus et d’un camaïeu de verts dont l’irisation trahit une émotion rare dans l’œuvre de Dezeuze.

Certaines œuvres résonnent avec l’actualité, évoquant le drame des migrants, comme les « Tableaux-valises ». Pour les fabriquer, Dezeuze a évidé, équipé d’une résille et repeint en couleurs vives des valises au rebut, de toutes tailles. Ces valises stationnent dans une salle du musée, comme en transit. L’artiste a aussi créé de fragiles boucliers en osier qui ne sont plus des armes et des blasons qui ne renvoient à aucune lignée. Boucliers et blasons, délestés de toute référence à la guerre ou au prestige, deviennent des surfaces de jeu qui s’offrent à des variations chromatiques jubilatoires.

« Je communie avec le début du monde car je porte une poussière de ce début en moi. Poussière lumineuse parmi les poussières qui me constituent. », écrit Dezeuze dans son « Journal au bord de l’eau ». Alors que le Carême approche, cette réflexion n’est pas sans évoquer la formule de l’imposition des cendres : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ». Il reste moins d’un mois pour découvrir les dernières créations d’un artiste à l’écoute des rumeurs du monde, qui échappe aux catégories, affirme une exigence de décentrement et éveille avec un humour délicat la complicité des visiteurs.

Anne-Cécile Antoni

Jusqu’au 8 mars 2026

Musée Paul Valéry @Ville de Sète

https://chretiensetcultures.fr