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L’Âme idéale

Analyse du film : L’Âme Idéale

Une histoire d’amour entre un disparu et une vivante…

Alice Vial réalise, avec ce film, une comédie romantique teintée de fantastique.

L’Âme idéale d’Alice Vial. France, 2025, sortie en France le 17 décembre 2025, 1h35mn.

Avec : Jonathan Cohen, Magalie Lépine-Blondeau, Florence Janas, Jean-Christophe Folly, Anne Benoit, Soufiane Guerrab

Il ne tient qu’à nous que les morts nous appartiennent, si nous acceptons de leur appartenir : ce principe très Chambre verte (François Truffaut) infuse la mise en scène de ce premier long métrage d’Alice Vial, qui a longtemps été consultante en scénarios. Si Elsa, son personnage principal, entretient des relations distantes avec les vivants, et proches avec les morts, si elle accepte de n’être visible que d’eux seuls, c’est qu’elle se les approprie, et finit par emprunter leurs gestes, leur façon de parler. Elle ne les aide pas simplement à partir, elle les fait demeurer en elle. Ce qui empêche précisément le scénario de tomber dans une forme d’académisme, avec ses péripéties et sa résolution, c’est la danse macabre qu’il propose, au sens premier du terme. Une danse qui réunit grands bourgeois – la famille du fiancé au début du film -, artistes en galère – Jonathan Cohen, persuadé de n’avoir aucun talent -, et grande misère – les patients à l’hôpital, dont on ne saura pas grand-chose si ce n’est qu’ils semblent voués à mourir seuls. Ce principe d’égalité du film, en plein débat sur le droit à mourir dans la dignité, ne peut qu’interroger : ne serait-il pas une illustration du “quand il faut y aller, faut y aller ?”. En aucune façon, Alice Vial ne vouant pas un culte à la mort en général, mais aux morts en particulier, ce qui se traduit naturellement dans l’usage de la bougie et des phrases rituelles qu’Elsa doit poser aux morts avant qu’ils ne partent définitivement. Il ne s’agit donc pas de choisir sa mort, mais d’accepter son caractère irrémédiablement brutal, irréductiblement soudain. Et dans cette danse macabre le film illustre avec brio la conviction artistique de la réalisatrice, qui semble inspirée de Cocteau : le cinéma, pour Alice Vial, ce sont les morts au travail.

Elsa, infirmière et quadragénaire solitaire, a mis fin à toute recherche amoureuse. Elle ne croît plus guère en l’amour. Comment retrouver la flamme de la passion, lorsque notre quotidien s’assombrit? demande Alice Vial .Cependant, quand Elsa rencontre Oscar sur la scène d’un accident, tout va changer. Elle est aussitôt séduite par cet homme à l’humour désarmant qui va bouleverser son quotidien.

Elsa a un don singulier qui la maintient à distance des autres : elle peut voir et dialoguer avec les morts. Grâce à sa rencontre avec Oscar, elle retrouve l’espoir d’aimer à nouveau et de vivre une relation authentique. Alors qu’elle s’attache peu à peu à lui, Elsa découvre que leur histoire cache une vérité inattendue. 

L’Âme Idéale joue avec les frontières entre réalité et au-delà, explorant le deuil, le désir et la reconstruction à travers une romance empreinte de douceur et de mystère.

La réalisatrice s’interroge et nous questionne sur la vie et sur l’amour de son prochain à travers le prisme du fantastique. Elle réalise un conte à la lisière des genres, n’hésitant pas à user d’éléments surnaturels afin de proposer une analyse sur ces liens qui nous unissent et/ou désunissent dans une société désincarnée.

Convoquant l’au-delà pour donner du corps à cette romance atypique, ce long-métrage nous entraîne vers d’autres horizons. L’argument fantaisiste et fantastique apporte toute l’originalité au film. Entre vivants et morts, nous sommes face à une expérience sortant de l’ordinaire, et ce grâce au don d’Elsa héroïne qui aide les défunts à aller vers leur épiphanie intime en paix.

Avec un tel thème, le risque du «casse gueule» entre références cultes et clichés était évident. Mais Anne Vial a su l’éviter. Bien qu’un certain nombre de séquences soient bouleversantes et émotionnelles, d’autres relèvent du comique malgré le fait que l’un des héros est soit mort et que personne ne peut le voir .La réalisatrice apporte une touche de poésie avec une mise en scène dynamique. A aucun moment le discours développe des considérations philosophiques. Saisir l’importance de vivre, s’affirmer, réfléchir sur soi, regarder la mort est présenté avec justesse et dignité Le film pose la question essentielle de « Comment peut-on avancer vers son destin, vers la lumière »?

Le casting est précieux. Depuis quelques années, Jonathan Cohen est souvent au premier rang de films comiques. Avec L’Âme Idéale, il prouve qu’il est à l’aise autant sur le registre dramatique que sur le versant comique. Il joue sur les nuances, la douceur, et ce tout en retenue. Face à lui, Magalie Lépine Blondeau est une révélation. Elle est agréable, charmante et naturelle. L’alchimie avec Jonathan Cohen est indéniable et leur complicité est remarquable.

C’est sur son versant émotionnel avec un ton assez léger et tendre que L’Âme idéale nous séduit. Alice Vial nous offre une comédie romantique charmante et une belle leçon de vie.

Philippe Cabrol

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