Baise-en-ville
Analyse du film : Baise-en-ville de Martin Jauvat
Quatre ans après Grand Paris Martin Jauvat réalise un deuxième long-métrage plus ambitieux que le précédent mais où l’on retrouve le style unique de l’auteur de comédies populaires. Dévoilé lors de la dernière Semaine de la Critique, Baise-en-ville est une comédie populaire réussie dans une mise en scène pop et fraîche. Ce film raconte les tribulations drolatiques d’un jeune homme encore gamin en grande banlieue parisienne.
Et surtout ne vous laissez pas distraire par ce titre en apparence grossier. Mais c’est quoi, au fait, un baise-en-ville ? ». Un « baise-en-ville » est une petite sacoche permettant à la femme ou l’homme qui ne dort pas chez elle/ chez lui (comprenez chez une conquête d’un soir) d’avoir le minimum pour son hygiène personnelle.
Sortie en France le 28 janvier 2026 | 1h 34min | Comédie De Martin Jauvat
Avec : Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, William Lebghil, Sébastien Chassage, Michel Hazanavicius, Géraldine Pailhas.
Corentin (surnommé Sprite, il a choisi lui-même le surnom de Sprite car son nom de famille est Périer), 25 ans, un Tanguy doux-rêveur, plein de candeur vit encore chez ses parents au Boulevard Espérance à Chelles. Sprite doit absolument trouver un job. Mais pour travailler , il faut le permis et pour se payer le permis, il faut un emploi… Finalement, il se fait engager par une start-up spécialisée dans le nettoyage d’appartements après des fêtes. Mais comment aller travailler tard la nuit sans moyen de transport dans une banlieue mal desservie ? Sur les conseils de sa monitrice d’auto-école , il s’inscrit alors sur une application pour séduire des jeunes femmes habitant près de ses lieux de travail. Un seul problème : Sprite n’est pas vraiment un séducteur…
Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. Le film ouvre sur un ensemble de situations rocambolesques. Nous sommes dans un inventaire à la Prévert en version pop et banlieusarde. La force de Martin Jauvat, c’est celle du décalage. Le comique découle naturellement de l’univers de Baise-en-ville.
Martin Jauvat sublime des environnements ordinaires, transforme un quartier que d’autres auraient qualifié de « sans âme » en terre d’aventure et continue son exploration amoureuse de cette ville de la grande couronne parisienne où il a grandi et qu’il filme depuis ses premiers courts-métrages. C’est un environnement peu vu dans le cinéma français : un ensemble de petits pavillons de classe moyenne, ni pauvres ni cossus, où l’on s’ennuie pas mal et que l’on parcourt en voiture. Martin Jauvat porte un regard rafraîchissant sur la banlieue, hors des représentations clichés et sans nuances. Il y a un regard tendre sur ce décor, il en va d’ailleurs de même avec les personnages.
Un des atouts importants du film, c’est sa direction d’acteur/ices. Dans le rôle principal, le réalisateur est remarquable dans une interprétation attachante, hors des codes habituels de la masculinité. Emmanuelle Bercot, dans le rôle de Marie-Charlotte, monitrice d’auto-école ultra dynamique dans son jogging rose bonbec est une « mentore » un peu envahissante, découvrir Sébastien Chassage, chef d’entreprise de la start-up itinérante spécialisée en nettoyage de villas après soirées, est un régal. William Lebghil, Michel Hazanavicius, et Géraldine Pailhassont paaerfaits dans leur rôle.
Le film ne manque pas de couleurs : le rose est omniprésent, de l’auto-école et sa voiture jusqu’au polo de Sprite et il marque par son aspect kitsch. Au-delà du rose, le film se couvre de teintes flashy.
Baise-en-ville, comédie loufoque et atypique, originale dans la narration et dans une mise en scène dynamique, se distingue par la tendresse de son écriture. C’est un petit bijou qui s’inscrit parfaitement dans la lignée des nouvelles comédies françaises. Il creuse les aspirations de son réalisateur, qui vient tordre à la fois les clichés et l’ennui de la gravitation post-périphérique.
Avec le personnage de Sprite, on assiste à des pérégrinations lumineuses et vraiment caustiques. Chaque séquence prête à rire. Entre les dialogues, des situations burlesques et beaucoup de tendresse, ce long-métrage redonne des couleurs neuves et pimpantes au thème du passage à l’âge adulte et sur la peur de grandir. C’est frais, c’est lumineux.
Philippe Cabrol
