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Memoria

Réalisation : Apichatpong Weerasethakul
Distribution : Tilda Swinton, Elkin Diaz, Jeanne Balibar
Nationalité : Thaïlandais
Genre : Drame
Durée : 2h 16 min
Date de sortie :  17 novembre  2021

Aller voir un film d’Apichatpong Weerasethakul sur grand écran, dans une salle obscure, est une expérience en soi, et il est conseillé de s’y préparer. Certains y trouveront du sublime, d’autres de l’ennui .Personnellement, j’ ai trouvé dans ce film du sublime.

Après deux décennies à tourner dans sa Thaïlande natale, Apichatpong Weerasethakul a pour la première fois quitté son pays pour rejoindre la Colombie et y réaliser Memoria, film qui témoigne en profondeur de ce déracinement. On y retrouve les figures et thèmes familiers du cinéaste, à savoir la maladie, les hôpitaux, la forêt, l’omniprésence du végétal et de l’animal, les esprits, le dédoublement, le sommeil, ainsi que la temporalité lancinante de tous ses films.

Jessica, l’héroïne du film, est de passage en Colombie. Elle est venue à Bogota pour rendre visite à sa sœur malade. Jessica est sujette , à ce que l’on nomme «  le syndrome de la tête qui explose », Apichatpong Weerasethakul en a lui-même été atteint. Elle entend régulièrement un bruit ressemblant à une déflagration. Ce son n’existe que dans sa tête, mais il va bouleverser ses sens et guider son trajet. C’est grâce à ce son qu’elle va faire des rencontres et quitter la grande ville pour s’ouvrir à d’autres modes de perception et de présence au monde. Elle rencontrera notamment un ingénieur du son auquel elle demande  de reproduire le bruit qu’elle entend. Avec cette magnifique scène, le réalisateur nous donne à voir la naissance d’un son à partir de moyens cinématographiques et passe en revue tout ce qu’un son peut avoir de subjectif, de matériel et d’immatériel.

Dans Memoria, tout, des plans fixes, épurés et larges pour la plupart, au son ultra-sophistiqué, nous invite à nous laisser traverser par ce qui se joue devant nous. En suivant le personnage de Jessica Holland  de Bogota, à la forêt des alentours de Pijao, où fut creusé un tunnel sous lequel des squelettes furent trouvés, nous nous faisons les explorateurs d’un espace-temps qui vient bouleverser nos repères quotidiens.

Memoria fait se confondre, comme souvent chez Apichatpong Weerasethakul, le macroscopique et le microscopique.  La mise en scène s’en tient majoritairement à des plans plutôt larges, ouvrant des lucarnes sur le monde.La nature est l’un des personnages majeurs récurrents dans le  travail du réalisateur :  un théâtre majestueux qui dépasse l’Homme.

Le cinéaste Apichatpong Weerasethakul continue de tracer le chemin qui est le sien : celui de l’écoute du souffle d’un monde, où le fantôme du souvenir prend des formes spectrales bien particulières et où errance et mystique ne font qu’un. C’est un film sur les vibrations, le dessin d’un monde en mutation, ou même l’obsession d’un traumatisme

Constitué de deux parties distinctes, une plus urbaine et réflexive, une autre plus naturaliste et méditative, comme on peut en avoir l’habitude chez le cinéaste, Memoria est un bloc qui « se vit d’une traite » : où l’on scrute Jessica  errer dans un Bogota silencieux, aussi luxuriant que tamisé, et chercher la provenance de ce bruit. Ce bruit, fil rouge conducteur de l’œuvre, est comme un écrin de possession, une obsession.

Il faut un certain temps avant que Memoria justifie son titre, au coeur d’une seconde partie qui donnera une clé pour comprendre la nature du fameux bruit. Ce son qui perturbe tant Jessica, pourrait être l’appel à l’aide d’une Terre, lassée d’emmagasiner les traces laissées par l’homme.  Le réalisateur Thaïlandais nous signifie que nos actes ont des conséquences. Chaque pas, chaque geste, chaque souffle, est une nouvelle empreinte qui s’inscrit dans la mémoire de notre planète.

Ce film a obtenu le prix du jury au Festival de Cannes 2021.

vendredi 3 décembre sur les écrans

https://chretiensetcultures.fr

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