Le Garçon
Analyse du film : LE GARÇON
Œuvre hybride, cet objet filmique non identifié (OFNI) a été pensé en 2020 avec la découverte dans une brocante de plus de 200 photos d’une famille dans une enveloppe kraft. Une famille inconnue, avec au centre : le garçon.
LE GARÇON de Zabou Breitman et Florent Vassault, France, 1h37, sortie dans les salles le 26 mars 2025.
Avec : Damien Sobieraff, Isabelle Nanty, Francois Berléand.
Tout part d’une idée folle. Tout débute avec les photos d’une famille. Racontent-elles sur plusieurs décennies l’histoire d’une famille ? Quelle vie a-t-elle mené ? Qui est ce garçon sur ces photos des années 50 ? On y voit un petit garçon, un instant figé par le temps ? Quelle est son histoire ? Est-il encore vivant ? Où habite-t-il ? Quelle a été sa vie entre le moment où ont été pris ces clichés et aujourd’hui ? Et ces photographies que disent-elles ? Intrigués et fascinés par leur découverte, Zabou Breitman et Florent Vassault vont se demander comment retrouver ce garçon et comment lui imaginer un parcours de vie à partir de ces photographies figées. Ils vont donc mener une enquête surprenante, pour retrouver ce garçon. En résulte un film hybride, ressemblant à un jeu de pistes, mêlant fiction et documentaire. Un long-métrage où ce garçon deviendra un héros involontaire, comme si son histoire était ré-écrite et qu’une vie lui était redonnée.
Assistons-nous à un film, deux films ou trois films ? S’occupant de la fiction pour imaginer le passé, la réalisatrice Zabou Breitman va imaginer ce qu’a pu être la vie de ce garçon. Elle va transformer cette recherche en fiction, recréant des scènes avec les acteurs Isabelle Nanty et François Berléand. Pour ce, elle reconstitue une famille rétro, chaleureuse et tranquille. Elle va imaginer vingt-quatre heures de la vie du jeune homme en s’inspirant des tirages. Quant à Florent Vassault, monteur, devenu pour un temps enquêteur, il s’occupe du documentaire. Il tente de retrouver la vérité de ce garçon et de le rencontrer adulte aujourd’hui, à partir des indices sur les photos, et par la parole des personnes interviewées, qu’ils aient connu la famille, ou non. Et finalement comme un troisième film, on suit les étapes où la réalisatrice et le monteur croisent leur travail pour tenter de joindre « ce drôle de mélange » et tenter de reconstituer un puzzle familial. Zabou Breitman tournera sa partie quand Florent Vassault aura terminé la sienne, mais sans savoir ce qu’il a trouvé.
Chaque vie est une aventure qui mérite d’être racontée nous dit ce film qui nous plonge dans le passé, un peu comme « A la recherche du temps perdu ». Les photos retrouvées évoquent des étapes dans la vie du garçon et des moments familiaux. Petit à petit le garçon « prend vie », ainsi que ses parents imaginés par Zabou Breitman. On découvre une famille comme les autres avec ses joies, ses peines, ses silences, ses difficultés, ses disputes…
Ce film nous questionne sur la mémoire, le temps et l’oubli. Il redonne vie à un oublié, un inconnu, dont quelques photos permettent d’avoir encore une trace, un souvenir. Ce long-métrage pose des questions fondamentales : qu’est ce qui fait la valeur d’une vie ? Quels liens de sociabilité entretenons- nous ?…tout comme des questions qui dérangent.
Ce long-métrage nous interroge également sur le pouvoir des photos et sur la façon dont elles peuvent traverser le temps. En effet, que deviennent nos photos quand la famille a disparu ? Qu’en fait-on et dans quel but ?
On devine que cette œuvre, qui ne ressemble à nulle autre au cinéma et qui a été tournée sur deux années, a évolué pendant cette période et s’est nourrie de nombreuses formes. Grâce à un montage alternatif intelligent et sensible, la fiction se mêle à la recherche de la vérité. La partie documentaire rend hommage à une France rurale traitée par le cinéma est touchante et pertinente.
La méthodologie de création de ce film est novatrice, elle est pudique, nostalgique, précieuse, Le garçon brouille les pistes entre inventivité et réalité.
Permet à la fois de suivre le travail de Florent Vassault sur la recherche de vérité de ce garçon et de sa famille et celui de l’imaginaire grâce à la fiction développée par Zabou Breitman.
Le garçon est un moment de cinéma difficile à décrire : une expérience unique ? Un film expérimental fait de tâtonnements, d’inattendu et d’imagination ? Un véritable travail d’investigation sur le terrain ? Œuvre documentaire et fictionnelle.
Philippe Cabrol
