Les photos de Raymond Depardon à l’honneur pour la réouverture du Pavillon populaire :
Après plusieurs mois de fermeture pour restauration, le Pavillon populaire ouvre à nouveau ses portes à Raymond Depardon pour l’exposition « EXTREME HOTEL ». En parallèle, le musée Fabre présente un accrochage d’une sélection des trois séries de photographies inédites issues de la donation de Raymond Depardon et de son épouse Claudine Nougaret (Rural, Son œil dans ma main, Communes), ouvrant la voie au huitième art dans les collections du musée.
Raymond Depardon, photographe, journaliste et cinéaste, est né en 1942 à Villefranche-sur-Saône. Il débute comme pigiste à 16 ans, puis couvre l’actualité pour les agences Gamma et Magnum. Il reçoit le Grand Prix national de la Photographie en 1991 et le Lucie Awards en 2023. Il est l’auteur du portrait officiel du président de la République François Hollande. Il initie plus de 50 expositions comme directeur des Rencontres de la Photographie d’Arles, publie plus de 80 livres et réalise 21 longs métrages documentaires.
« EXTREME HOTEL » est le nom d’un hôtel d’Addis-Abeba où Depardon aime descendre lors de ses séjours en Éthiopie. Prendre le temps de regarder le monde autour de nous, tel est le fil rouge de l’exposition. Ce sont 150 photographies, issues des archives couleur de l’artiste et prises des années soixante à nos jours, qui sont accrochées sur les murs du Pavillon populaire. « La couleur est la métaphore de la curiosité », nous dit Depardon. Le parcours, qui se structure en neuf étapes, témoigne à la fois de l’histoire du photojournalisme et de l’évolution d’un homme dont le regard se déplace vers une observation du monde plus intime.
La série « La Terre des Paysans », qui date des années 2000, constitue un hommage du photographe au monde rural dont il est issu. L’une de ses photos, le portrait du Lozérien Marcel Privat, est devenue un timbre-poste. La section « Press Color » retrace la carrière de photojournaliste de Depardon, dont les images font souvent la couverture de Paris Match, comme le portrait de Catherine Deneuve. Entre 1968 et 1969, il couvre les voyages du pape Paul VI, de Bogota à Istanbul et de Bombay à Kampala. Il photographie les processions et les messes, les rencontres avec les minorités religieuses et les foules ferventes. Il ne se contente plus de cadrer, il livre un point de vue, engagé dans ce qu’il montre. Il documente le séisme qui frappe violemment le nord-ouest du Pérou en 1970 et joue un rôle essentiel en rendant visibles des catastrophes qui frappent des pays parfois éloignés du regard occidental. Le reportage précoce qu’il réalise en 1978 sur le commandant Massoud et ses compagnons, avant même l’invasion soviétique en Afghanistan, témoigne de son intuition et de sa volonté de comprendre de l’intérieur les conflits. Campagne électorale de Richard Nixon, premier anniversaire de l’accession de Salvador Allende au pouvoir, Jeux Olympiques : sur ces terrains politiques et sportifs, il affine un savoir-faire essentiel, celui d’anticiper, de se placer, de cadrer juste.
En 1984, la série qu’il réalise sur une commande de la DATAR (à cette date Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’action régionale) a pour objectif de documenter le paysage français. Il y capte avec précision, à la chambre photographique, des détails qui ne sont anodins qu’en apparence : un papier peint, un motif de toile cirée, l’angle d’une table. Avec le retour de Depardon sur les terres de son enfance, dans la ferme familiale, elle amorce une approche plus intime. Sillonnant en 2019 le Texas, le Nouveau-Mexique et le Dakota du Sud, il adopte le même angle frontal et le même regard porté aux zones intermédiaires, stations-service ou restaurants routiers.
En suivant le fil de l’exposition, on retrouve à la cinquième étape, dans la sélection inédite d’EXTREME HOTEL, la manière singulière de Depardon de cadrer en hauteur, en format vertical, qui révèle autant le sujet photographié que la présence du photographe. Pour répondre à une commande du Sunday Times, Depardon se rend à Glasgow en 1980, mais le journal refuse de publier ses images, jugées top personnelles et pas assez documentaires. Restées inconnues jusqu’en 2013, elles sont projetées à l’occasion de l’exposition montpelliéraine et captent intensément l’atmosphère de la ville. Le parcours se termine dans le pourtour de la Méditerranée, entre Beyrouth, Byblos et Taormina, où Depardon saisit les ruelles lumineuses, la jeunesse insouciante et les cafés animés.
Cette brillante exposition permet d’explorer un trait caractéristique de l’œuvre de Depardon : la revendication de la subjectivité du preneur d’images. Elle immerge le visiteur dans l’univers de ce photographe de l’errance, riche de sa solitude. « Je veux me confronter aux lumières, au hasard, forcer ma curiosité, m’ouvrir, briser mes idées reçues, exorciser cette peur du monde. » déclare Depardon, qui cultive un désir constant d’ailleurs et de voyage. Cet humaniste reste l’un des photographes les plus curieux et les plus courageux de son temps.
Anne-Cécile Antoni
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