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Riddle of fire

Analyse du film : RIDDLE OF FIRE

Imaginez une forêt enchantée du Wyoming, dans laquelle Tom Sawyer, le Club des cinq, les six compagnons et les Goonies se retrouvent pour un jeu de stratégie autour d’un feu de camp. Quel film aurions- nous ? Peut-être des ressemblances avec Riddle of fire ?

Avec Riddle of fire nous sommes dans une « comédie d’aventure néo-féerique racontée du point de vue d’enfants bandits », voilà les mots qu’emploie Weston Razooli pour qualifier son premier film qui fut présenté au Festival de Cannes 2023, dans la section La quinzaine des cinéastes.

RIDDLE OF FIRE de Weston Razooli. Etats-Unis, 2024, 1h54.

Avec : Lio Tipton, Charles Halford, Phoebe Ferro, Charlie Stover et Skyler Peters, Lorelei Olivia Mote.

Dès le pré-générique, avec des plans lointains sur les paysages envoûtants du Wyoming, région de l’enfance de Weston Razooli, des corps entrent dans le champ sur des moto-cross, avant que nous ne découvrions que les trois personnages sont des enfants. Alice, Hazel et Jodie, trois apprentis braqueurs à moto-cross miniature, cagoulés et déterminés, pénètrent par effraction dans un entrepôt pour dérober un trésor : une console de jeux. Armés d’une pince géante, d’une corde et de fusils de paint-ball, ils repartent triomphants. De retour à la maison, ils s’installent devant la TV pour jouer à « Otomo Angel », qui a la forme évocatrice d’un donjon de château fort. Mais la mère des deux garçons vient d’installer un contrôle parental sur l’écran. Malade, elle négocie qu’en échange du mot de passe, les enfants devront lui rapporter une tarte à la myrtille. Cependant pour cette tarte, ils ont besoin d’un œuf bien précis. À la recherche de la recette et de ses ingrédients, nos trois « lascars » se retrouvent malgré eux embarqués dans une suite de péripéties.

Riddle of Fire transforme la campagne américaine d’aujourd’hui en un jeu de piste grandeur nature, dans lequel les smartphones tiennent lieu de longues-vues et les nains de jardin de gnomes à abattre. Et Weston Razooli nous offre le regard rêveur des jeunes aventuriers qu’il met en scène, et ce avec un montage plein de trouvailles. Leur aventure est un mélange délicieux de candeur, d’imaginaire et d’humour.

Le cinéaste se met à hauteur d’enfants, et adapte sa mise en scène à leurs gestes et leurs énergies. La tendresse du réalisateur pour ses acteurs imprègne chaque séquence. Les jeunes interprètes s’investissent pleinement dans leurs personnages, à coup d’humour, d’intrépidité et de camaraderie. Leur complémentarité est évidente. Soulignons la perfection de la direction d’acteurs : Phoebe Ferro, Charlie Stover et Skyler Peters, ainsi que Lorelei Olivia Mote qui montre une alchimie à laquelle on croit durant tout le film.

Le film analyse aussi la façon dont les enfants parviennent à vivre dans des familles déstructurées, pour chaque enfant nous constatons l’absence du père, en se créant leurs propres mondes et en nouant des amitiés fabuleuses.

Le film est entièrement tourné en 16mm. Les couleurs sont vives et les tons chauds. Ce choix du 16 mm participe à la construction d’un univers à mi-chemin entre réalité et songe. Il donne une ambiance unique, très années 80, et permet de retrouver les « couleurs Kodak » de ces années. Weston Razooli compare d’ailleurs le 16 mm à la peinture à l’huile qu’il oppose à la peinture acrylique du numérique. Il nous permet aussi de « retomber en enfance ».

Réalisé avec les moyens du bord, dans un « style bricolo » et un mince budget, Riddle of fire, film indépendant américain, ne montre pas d’effets spéciaux spectaculaires, pas de combats titanesques, pas de pirates, … mais une chasse à l’œuf.

Ce film nous offre un mélange des genres. On pense bien sûr à Stand by me (Rob Reiner 1986), aux Goonies (Richard Donner, 1985), à Stranger Things (Matt et Ross Duffer, 2016), The Little Rascals (une série américaine pour enfants des années 1920) avec un mélange d’heroic fantasy (jusqu’à réutiliser la typographie du Seigneur des Anneaux dans le générique) et de western. Riddle of Fire complète sa singularité comme une partie de Donjons & Dragons  avec l’emploi récurrent de morceaux de dungeon synth (genre de musique électronique ayant émergé au début des années 1990, notamment grâce à plusieurs artistes venant de la scène black metal. Le genre s’inspire aussi bien de l’atmosphère du black metal que de celle de la musique de fantasy ou des bandes sonores de vieux jeux vidéo). 

Riddle of Fire,  propose un mélange d’univers teinté de nostalgie et d’insouciance enfantine. C’est un film, qui ravive la mémoire d’une enfance révolue faite de bonheur simple et d’intrépidité, qui fait souffler un vent de liberté et qui réussit à capter une magie de l’enfance communicative.

Philippe Cabrol

https://chretiensetcultures.fr