SUPERBEMARCHÉ, Papiers d’agrumes &Co au Musée International des Arts Modestes à Sète
Il vous reste une semaine pour visiter l’exposition insolite du Musée International des Arts Modestes (MIAM). Fondé par les artistes Hervé Di Rosa et Bernard Belluc, le MIAM a été inauguré en 2000. Réaménagé dans un ancien chai à vin par l’architecte Patrick Bouchain, le musée est un laboratoire ouvert aux artistes de toutes générations et de tous horizons. Jusqu’au 8 mars prochain, il expose une impressionnante collection de papiers d’agrumes, dont il possède plusieurs milliers de spécimens à la suite de donations institutionnelles et privées.
Dès la fin du XIXe siècle, alors que les agrumes deviennent un produit d’importation et de consommation de plus en plus courant, de fins papiers de soie blancs ou aux tons pastel apparaissent autour des oranges et des citrons. Leur présence, initialement liée à des raisons sanitaires lors du transport, devient sur le lieu de vente un objet de décor, support de branding qui véhicule des informations sur l’origine et la qualité du produit, dans un double souci de traçabilité et de publicité. Chaque producteur rivalise d’originalité pour multiplier les noms de marques et créer sur ces papiers une variété de décors les plus inattendus.
Au fil de l’exposition se raconte une mythologie moderne de l’orange, qui prend autant sa source dans son origine biologique et ses racines mythiques que dans l’agrumiculture, le folklore et la mondialisation du commerce des fruits.
L’exposition présente six sélections thématiques de papiers d’agrumes. Elle met au jour les mythologies qui s’attachent à l’orange et en font un symbole -solaire- de perfection, de séduction, de puissance ou de fertilité. Les papiers d’agrumes ressemblent souvent à des cartes postales radieuses qui vantent le travail des agrumiculteurs et de leur famille et célèbrent la beauté stéréotypée des contrées méditerranéennes et de leur folklore. Espagnols et Italiens, principaux fournisseurs du marché européen, affirment à la fois la qualité de leurs produits et leur identité nationale. Les papiers, qui enrobent fièrement les oranges, les montrent traversant les frontières à pied, à dos d’âne, en camion, en bateau, en fusée, à destination de l’Europe du Nord. Entre les mains des consommateurs, l’orange s’affiche comme une source de plaisir sucré, de santé vitaminée et d’énergie physique, aux côtés de grands artistes, de scientifiques fameux ou d’hommes politiques célèbres. Ces papiers arborent des signes extérieurs de richesse et de progrès, emportant l’orange dans un superbe marché mondialisé, où elle est cultivée et/ou consommée.
L’exposition propose ensuite d’approfondir l’histoire et l’impression de ces papiers de soie, grâce au travail documentaire réalisé par un duo de designers. Les œuvres d’artistes et de graphistes de diverses nationalités sont également présentées en contrepoint des collections de papiers d’agrumes.
Nombre de ces images voyageuses, froissées mais chatoyantes, ont échappé à leur destin précaire. Elles sont devenues des objets de collection qui illustrent la mondialisation de la production et du négoce des agrumes. Protecteurs et séduisants, ces papiers de soie continueront-ils d’ensoleiller les étals de nos marchés ?
Anne-Cécile Antoni
