La Prière
Entre foi et fuite
Fiche Technique :
Date de sortie du film : 21 mars 2018 ; Réalisateur : Cédric Kahn
Scénario : Cédric Kahn, Samuel Doux, Fanny Burdino
Acteurs : Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl, Louise Grinberg, Hanna Schygulla
Durée : 107 min ; Genre : Drame
Récompenses : Ours d’argent du meilleur acteur , Berlin, TIFF Awards : The Young Francophone Jury Prize
Vaincre le mal par la prière
Le film commence par l’arrivée de Thomas, un adolescent rebelle et mutique, accro à l’héroïne, dans une communauté de frères catholique. On ne sait pas qui il est, ni d’où il vient. Seule la cicatrice sous son œil gauche témoigne d’un passé cabossé. Thomas semble totalement perdu quand il arrive dans cette communauté isolée dans les montagnes. Il a 22 ans et il est déjà usé par cette drogue dont il ne parvient pas à se défaire. Celui qui l’accueille dans ce centre dirigé par d’anciens toxicomanes l’avertit : aucun contact avec l’extérieur. Ses journées se résumeront au travail et à la prière, il aura à ses côtés une sorte d’« ange gardien ». Vivent dans cette communauté des garçons de tous horizons et de tous pays, très croyants ou au contraire récalcitrants à la religion qui se soignent par le travail, l’amitié et la prière. Ils ont tous en commun de souffrir d’une solitude absolue et d’une grande détresse affective. Un jour, une simple histoire de cigarette va mettre le feu aux poudres et pousser Thomas à s’enfuir et se réfugier dans le village voisin. Il y rencontre Sybille qui va modifier la trajectoire de Thomas et sa façon de penser. Sybille conseille à Thomas de tenir bon. De retour à la communauté, il travaille et prie. Thomas se croit pacifié et dit être heureux, sans l’être vraiment.
Des scènes sont fortes et bouleversantes
Lors d’une excursion dans la montagne, Thomas perd de vue ses compagnons. Il est seul, pris par le brouillard, la nuit et le froid. Il chute : impossible de se relever, de marcher. Frigorifié, angoissé, réfugié derrière un rocher, il murmure les mots d’une prière « Seigneur ne m’abandonne pas. Ne me laisse pas mourir ici. S’il te plaît, sauve-moi. »
Au milieu du film, la communauté des garçons et celle des filles (autre communauté dans le même style que celle des garçons) se retrouvent pour la fête annuelle. Tous sont assis dans l’herbe et quelques- uns prennent la parole pour raconter leur expérience. Certains font le récit de leur résurrection, d’autres de leur rechute. Ces témoignages apparaissent comme des issues possibles au temps vécu ensemble, près de Dieu. Certains réussissent à s’en sortir, d’autres échouent et doivent recommencer la thérapie à zéro. Une scène est très troublante dans ce film, celle où Thomas se retrouve avec la Mère Supérieure de l’institution qui le place face à ses mensonges et qui n’hésite pas à le gifler pour l’encourager à un lâcher prise et s’ouvrir véritablement à Dieu.
Thomas vit des expériences fortes, seul dans la chapelle, il proclame le psaume 26 : « Yahvé est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je crainte ?…, ou encore le psaume 3 « Seigneur, tu es un bouclier pour moi : tu es ma gloire et tu mes relèves la tête… » Dans une magnifique scène de confession auprès des autres jeunes de la communauté Thomas va pour la première fois ouvrir son cœur.
La scène de la rencontre avec Sybille est très forte : la jeune fille a une parole libre par rapport à la communauté bien qu’elle convainc Thomas de poursuivre l’expérience dans la communauté. C’est Sybille qui fera douter Thomas de son envie de devenir prêtre.
Filmer la foi
Dans le dossier de presse du film Cédric Kahn dit : « Filmer la foi ne va pas forcément de soi, je n’ai aucune réponse définitive. La question de filmer la foi est passionnante, c’est la question centrale du film. Rien n’est imposé au spectateur, il a toujours la possibilité de forger sa propre conviction. Je me définirais comme agnostique. Je n’ai aucune certitude. Je respecte les gens qui sont croyants et, par certains aspects, je peux même les envier. La foi est une affaire intime qui, par beaucoup d’aspects, dépasse largement le cadre des religions. Si on y pense, tout est question de foi dans la vie, l’amour, la passion, l’engagement. » Concernant la vie de ces jeunes, on pourrait parler d’une « école de la prière ». L’initiation commence par le credo, ensuite le Je vous salue Marie et le Notre Père pour finalement introduire le dialogue entre l’homme et Dieu. C’est moins un film sur la foi que sur la fraternité. Thomas va progressivement trouver dans la communauté une humanité et une fraternité. Ce que ces jeunes apprennent au-delà de la prière, ce sont les règles, le partage, la vie en communauté. La reconstruction du lien social est au cœur de ce film. Cependant il est intéressant d’explorer le moment de conversion de Thomas : comment et quand s’éveillera-t-il à la foi
La Prière, film limpide, dépouillé et puissant n’est pas qu’un film sur la prière, il est plutôt une réflexion sur la construction ou la reconstruction d’un homme : un chemin de la nuit vers la lumière, de la drogue vers la vie. Ce film questionne la foi : foi en Dieu, foi en la vie, foi dans le cinéma.
Pistes pédagogiques :
1-Recherchez des phrases, des images, des passages du film qui montrent les obstacles se dressant sur le chemin de Thomas – les crises de manque, la révolte, le découragement et le doute.
2 Rechercher les scènes où la foi est abordée
3- Comment analyser la force de la fraternité dans ce film ?
4- Analyser à travers des scènes du film la reconstruction du lien social des jeunes de cette communauté ?
5- Montrer que le chemin de Thomas est avant tout un chemin vers la vie.
Philippe Cabrol
