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Piccolo Corpo

Réalisatrice : Laura Samani ; Genre : drame ; Nationalité : italienne

Distribution : Celeste Cescutti, Ondina Quadri ; Durée : 1h28mn ; Sortie : 16 février 2022

A propose de son film, la réalisatrice Laura Samani s’exprime ainsi : « Tout est parti du récit d’un serveur de ma région – le Frioul-VénétieJulienne – en 2016, Il m’a demandé si je connaissais l’existence des « sanctuaires à répit » ces sanctuaires qui, jusqu’au dix-neuvième siècle, auraient été des lieux de miracles, a expliqué la réalisatrice Laura Samani à propos de son film Piccolo Corpo. La légende voulait que les enfants mort-nés puissent revenir à la vie le temps d’un souffle, ce qui leur permettait d’être baptisés et enterrés dans une sépulture chrétienne au lieu d’être condamnés à errer éternellement dans les Limbes. Dans tous ces récits, continue-t-elle, une chose m’interpellait : pourquoi était-ce presque toujours des hommes qui effectuaient le voyage jusqu’aux sanctuaires avec les cadavres de leur bébé ? Pourquoi ne parlait-on jamais des femmes, de leurs attentes, leur souffrance, leur impuissance ? N’étant ni historienne ni anthropologue, j’ai voulu que ce soit une femme qui accomplisse ce périple. C’est vraiment de ce désir qu’est né Piccolo Corpo. »

Analyse du film :

Piccolo corpo, premier long métrage de la réalisatrice italienne Laura Samani, débute par un rituel magique. On devine la tête d’une jeune femme sous un voile blanc. Elle est accompagnée au bord de la mer par toutes les femmes de son village. Puis son visage est dévoilé. À ce rituel doux en succède rapidement un autre, bien plus violent. Une femme plus âgée entaille la paume de la main d’Agata avec un couteau. Agata s’avance vers la mer, le sourire aux lèvres. Elle lave sa main ensanglantée dans la mer. Ce qui se trame alors, seules les femmes le savent : comme si le film nous rappelait d’emblée qu’il existe certains secrets, savoirs ou expériences qui ne peuvent être communs qu’aux femmes, qui ne peuvent se transmettre qu’au sein d’une même communauté.

A ce rituel doux en succède rapidement un autre, bien plus violent. Enceinte dans la première scène, Agata perd son enfant. Malgré son état de santé, elle décide d’amener le corps de celui-ci dans un endroit dit magique, où il pourrait peut-être revenir à la vie. Laura Samani s’inspire de sanctuaires qui ont bel et bien existé dans le nord-est de l’Italie, et ce jusqu’au 19e siècle. En effet, Agata ne peut se résoudre à l’idée que l’âme de sa fille soit condamnée à errer dans les limbes. Il existerait un endroit dans les montagnes où son enfant pourrait être ramené à la vie, le temps d’un souffle, pour être baptisé.

Avec l’aide de Lynx, Agata se lance donc dans un voyage à la recherche du miracle. En portant sa fille morte sur son dos, Agata développe toutes ses capacités à se battre, elle n’accepte pas le malheur qui la frappe, elle est la seule à se révolter. Elle veut donner un prénom à sa fille. Son voyage est aussi une manière de prolonger la relation symbiotique entre mère et fille, qu’Agata a vécue pendant des mois, une sorte de continuation de sa grossesse, où le poids du bébé passe de son ventre à son dos et pèse lourd sur ses épaules. Son voyage est physique, mais devient également transcendantal. Elle ne réalise pas que, pour continuer sa mission, elle doit se transformer et devenir une morte parmi les vivants. Agata et Lynx sont deux solitaires qui vivent leur isolement de façon différente, mais qui affrontent le même problème d’identité.

Agata doit donner un nom à sa fille. « Sans nom, c’est comme si tu n’existais pas », dit-elle à Lynx. Lynx abrite plusieurs personnes en elle. Sa quête est si complexe qu’elle a décidé de changer son nom pour qu’on ignore son véritable patronyme. Alors que le voyage est une sorte de rédemption pour Lynx, Agata reste prisonnière de son élan. C’est une personne qui ne change pas : Elle a choisi de tout quitter pour se rendre au sanctuaire, et, pour elle, les choses s’arrêtent là. Elle est incapable de s’adapter, d’admettre l’échec. En un sens, elle est un archétype  maternel , en tant que mère, elle accepte la souffrance, le sacrifice. Lynx est rusée, sauvage et fermée à tous. Pour elle, aimer équivaut à se compromettre et s’affaiblir. Le mélange de masculinité et de féminité qu’elle porte lui permet de survivre. En rencontrant Agata, puis en lui offrant sa protection, elle reçoit en échange tout ce qui est essentiel à la survie : l’attachement profond à un être aimé, l’engagement, la sensation d’appartenance à quelque chose qu’on ne peut pas contrôler et qui rend vulnérable. Elle est comme l’enfant d’Agata, une âme qui erre. Lynx va montrer le chemin à Agata, c’est sa boussole, sa protectrice. Un chemin physique, mais aussi spirituel : la guide va apprendre de son côté le don de soi, l’amour de son prochain et sa part obscure, le deuil d’un être aimé. Elle qui s’imaginait disparaître dans l’indifférence, elle sait qu’elle compte désormais aux yeux de quelqu’un.

Piccolo Corpo est un long-métrage aussi bien féministe que mystique, nous invitant à porter un autre regard sur notre rapport à la mort et à l’au-delà.C’est le portrait d’une mère qui n’accepte pas de se résigner et décide d’avancer à contre-courant, mais aussi celui d’une compagne de voyage qui ne croit en rien et se trouve rejetée par sa famille. Ensemble, elles unissent leur solitude pour cultiver un espoir qui va au-delà de la frontière entre la vie et la mort.

Des clés de compréhension :

Parties et structure du film : Nous pouvons distinguer trois parties bien distinctes dans ce film que nous pourrions intituler :partir pour traverser la mer et conjurer la mort, La rencontre avec Lynx, les embûches du chemin, Du village au sanctuaire, en route vers le nom

La structure du film est une construction en symétrie inversée : Agata entre dans la mer son enfant dans son ventre ; les femmes de sa communauté villageoise l’aident à accoucher ; une barque conduit Agata de son île à la terre ferme. Le cercueil sur le dos, elle rame debout. C’est l’eau salée de la mer…Agata prend à nouveau une barque pour passer de l’autre côté du lac. Elle est assise. Le cercueil est dans la barque. L’eau est douce. Les femmes du village la soignent. Agata nage sous les eaux du lac, son enfant dans ses bras, qu’elle embrasse.

Le film évoque les limbes. Que sont les limbes ? Les limbes reçoivent les âmes des enfants morts avant d’avoir reçu le baptême. Cette représentation constitue une réponse théologique à la question du devenir de ces âmes qui, sans avoir mérité l’enfer, sont néanmoins exclues du paradis à cause du péché originel.

En avril 2007, la Commission théologique internationale publie un document selon lequel l’idée des limbes éternelles, comme lieu auquel sont destinées les âmes des enfants morts sans baptême, peut être abandonnée sans problème de foi. Il y a lieu de croire que Dieu pourvoit au salut de ces enfants, précisément parce qu’il n’a pas été possible de les baptiser.

Les sanctuaires à répit ont fonctionné de la fin du XIIIe siècle à la Première Guerre mondiale en Europe occidentale. Il en a été comptabilisé 277 en France, 56 en Belgique, 14 en Allemagne du Sud, 38 en Autriche, 30 en Suisse, 42 en Val d’Aoste et Piémont. La Réforme ayant condamné cette pratique, cela explique l’absence totale de ces sanctuaires en pays protestant.

Prénoms et nom. Le nom d’Agathe signifie “bonne”, en grec. C’est une Vierge martyre qui s’est illustrée par son courage. La réalisatrice n’a pas donné au personnage ce prénom par hasard. Il annonce qu’Agata va se montrer bonne et courageuse. Lynx : sa quête est si complexe qu’elle a décidé de changer de prénom pour qu’on ignore son véritable prénom. Lynx abrite plusieurs personnes en elle.

Le thème du nom est très important dans ce film. Le mot « nom » est prononcé à huit reprises. Il s’agit 6 fois du nom du bébé, une fois de celui de Lynx et une fois de celui d’Agata.

Extraits du film : Agata s’adresse au curé : « Je veux lui donner un nom ». Réponse : « On ne peut pas baptiser un enfant mort-né ? »

Agata : « Sans nom, c’est comme si tu n’existais pas. » Lynx : « Tu n’existes pas si personne ne sait que chaque matin tu te lèves et tu respires. »

Agata : « Lynx, c’est ton vrai nom ? »

« Au sanctuaire, je pourrai lui donner un nom ».

Les femmes : « Tu ne nous as pas dit ton nom. »

Lynx a peur et part : « On ne donne pas un nom à ce qui est mort »

Une femme du village : « Quel nom as-tu choisi ? »

« Quel nom veux-tu donner à cette petite ? » : « Mar « (Mer).

La fonction symbolique de la barque : une barque au début du film conduit Agata de son île à la terre ferme. Le cercueil sur le dos, elle rame debout. C’est l’eau salée de la mer

Elle prend à nouveau une barque pour passer de l’autre côté du lac. Cette fois, elle est assise. L’eau est douce et non plus salée. Cette barque évoque celle de Charon, le passeur ou le nautonier, ou nocher, qui transporte les morts sur le Styx, fleuve des Enfers.

Sur la barque qui va de l’île à la terre ferme, on entend une chanson prémonitoire : « Dors ma jolie poupée, car au fond de l’eau une grosse vague a roulé, apportant le dodo »

Une barque pour traverser la mer, pour retrouver la vie perdue.

Une barque pour traverser le lac où Agata décide de perdre la vie et de perdre le corps de son enfant.

Les langues entendues dans le film. Ce sont les langues régionales de Vénétie et du Frioul : le vénète et le frioulan. Laura Samani filme des comédiens s’exprimant dans leurs propres dialectes, quasi jamais entendus dans le cinéma contemporain. Lynx parle à la fois le vénète et le frioulan. Elle apprend à Agata le frioulan : caillou, champignon, noisette, alors qu’Agata parle le vénète. En pratique, tous les personnages sont interprétés par des débutants, parfois des familles entières, sans aucune expérience cinématographique. C’est également pour cette raison que Laura Samani a décidé de filmer dans les dialectes frioulan et vénète, non seulement pour respecter la langue authentique de l’époque, mais également pour rendre hommage aux différentes variantes et laisser les acteurs s’exprimer aussi naturellement que possible. Elle pense que les dialectes sont un enrichissement précieux et souvent émouvant : il suffit de mentionner que le mot pour « enfant » en Frioulan est « frut », car un enfant est le fruit de ses parents.

Laura Samani filme des comédiens s’exprimant dans leurs propres dialectes, quasi jamais entendus dans le cinéma contemporain (le frioulan et le vénète),

Des croyances se situant hors du cadre de la chrétienté traditionnelle. Laura Samanniécrit à propos de son film, « Dans le film, Dieu ne se trouve ni dans les miracles ni dans les prières, ni même dans les dogmes qui divisent la vie après la mort en paradis, enfer et limbes. Dieu existe à un autre niveau : chez Lynx qui ne croit en rien et n’est donc pas touché par le postulat initial du miracle ; chez Agata qui exploite sa colère afin de redessiner les frontières du possible ; et dans la relation entre ces deux points de vue solitaires qui sont, pendant un instant, moins douloureux. La frontière est ténue entre la vie et la mort, la réalité et la magie, les possibilités que l’on a espérées et le temps qui nous reste ».

Pistes pédagogiques :

Qu’avez-vous apprécié dans ce film ? Qu’est-ce qui vous a dérangé ? Pouvez-vous citer une scène, des images, des plans, de la musique qui vous ont marqué ?

Qu’est-ce que vous pensez de la personnalité d’Agata ? de celle de Lynx ?

Eléments de réponse : Lorsque qu’elle accouche d’un bébé mort-né, Agata est anéantie et incapable d’aller de l’avant. Mais elle ne peut se résoudre à l’idée que l’âme de sa fille soit condamnée à errer dans les limbes. Elle n’accepte pas le malheur qui la frappe. Elle se rebelle car elle veut sauver l’âme de son enfant. En portant sa fille morte sur son dos, elle est la seule à se révolter. Le choix d’Agata est scandaleux, car il révèle une forme de fierté et de rébellion non seulement contre la loi religieuse, mais également contre les lois de la nature. C’est presque un blasphème. En écoutant son instinct, et sans en parler à quiconque, elle part avec son bébé dans une petite boîte. Elle met tout en œuvre, quitte à voyager seule, alors même que c’était interdit pour une femme, pour se rendre à cet endroit mystérieux. On ne comprend pas tous ses choix mais on ressent les émotions qu’elle peut avoir. Agata entreprend un chemin de croix, un voyage aux frontières de l’inconnu, abandonnant ses racines et risquant de se perdre, même de mourir.

Son désir conscient est de donner un prénom à sa fille afin de la laisser partir, permettant ainsi à la mère et à la fille de devenir deux personnes distinctes.

Son voyage est aussi une manière de prolonger la relation symbiotique entre mère et fille, qu’Agata a vécue pendant des mois, une sorte de continuation de sa grossesse, où le poids du bébé passe de son ventre à son dos et pèse lourd sur ses épaules. Mais Agata a besoin d’un compagnon de voyage et c’est ainsi qu’apparaît le personnage de Lynx sauvage, rusée et fermée à tous, car aimer équivaudrait à s’affaiblir. Agata dit à Lynx : « Accompagne-moi ». Lynx répond : « Qu’est-ce que j’y gagnerai, moi ? »

Lynx montre le chemin à Agata, lui offrant sa protection. Lynx propose d’accompagner la mère en deuil en échange du contenu de la boîte, et la prudence initiale se transforme en amitié. Lynx est habillée en homme. Le mélange de masculinité et de féminité qu’elle porte lui permet de survivre.

Quand apprend-on que Lynx est une femme ?

Eléments de réponse : Lynx frappe à une porte : « Je ne t’avais pas reconnue », lui répond une femme. La femme s’adresse alors à un homme que l’on entend seulement : « C’est ta fille ». On devine que le père ne veut pas voir Lynx parce qu’elle s’est travestie en homme. Peu après cette scène, Agata doit se faire couper les cheveux. Symboliquement, elle devient un homme, alors qu’on vient de découvrir que Lynx est une femme.

Alors qu’Agata repose, morte noyée sur le rivage du lac, Lynx, qui avait déjà aider Agata pour la soulager et la faire soigner, décide de prendre complètement le relais. Elle traverse le cimetière enneigé des enfants mort-nés et arrive à la chapelle. Elle devient de plus en plus féminine.

Agata et Lynx sont deux solitaires qui vivent leur isolement de façon différente, mais qui affrontent le même problème d’identité.

Comment évolue le personnage d’Agata ? Et celui de Lynx ?

Eléments de réponse : Agatareste prisonnière de son élan. C’est une personne qui ne change pas. Elle a choisi de tout quitter pour se rendre au sanctuaire, et, pour elle, les choses s’arrêtent là. Elle est incapable de s’adapter, d’admettre l’échec. En un sens, elle est un archétype maternel : en tant que mère, elle accepte la souffrance, le sacrifice.

Elles arrivent à une mine de charbon. « Les femmes n’ont pas le droit d’entrer » « Les femmes n’en sortent pas vivantes ». Agata déclare : « Moi, j’y vais » et décide de traverser les galeries de la mine. A partir de ce moment il se produit un renversement. C’est elle qui entraîne Lynx et la réconforte. Elle prend le leadership pendant la traversée de la mine, qui s’apparente symboliquement à une traversée des Enfers.

Le voyage est une sorte de rédemption pour Lynx. En rencontrant Agata, puis en lui offrant sa protection, Lynx reçoit en échange tout ce qui est essentiel à la survie : l’attachement profond à un être aimé, l’engagement. Elle est comme l’enfant d’Agata, une âme qui erre. Lynx va montrer le chemin à Agata, elle devient sa boussole, sa protectrice. Un chemin physique, mais aussi spirituel : la guide va apprendre de son côté le don de soi, l’amour de son prochain et sa part obscure, le deuil d’un être aimé. Elle qui s’imaginait disparaître dans l’indifférence, elle sait qu’elle compte désormais aux yeux de quelqu’un. On peut imaginer qu’elle libère le canari à la sortie de la mine pour signifier que lui aussi a le droit d’être libre ou qu’elle, Lynx, n’a plus besoin de sa compagnie puisqu’elle a désormais la compagnie d’Agata.

Qui sont les hommes du film ?

Eléments de réponse : Le père, qui s’appelle Mattia. Son rôle est minime.

Le curé.

Les hommes qui l’enlèvent en carriole

Les travailleurs de la mine de charbon qui la dissuadent d’entrer

Les brigands

Autre homme : Ignac, qui sait où il faut aller pour ranimer les nouveaux-nés.

L’histoire est une affaire de de femmes. À l’exception d’Ignac, ce sont des femmes qui aident Agata. Qui sont-elles ?

Eléments de réponse : Celles qu’on entend chanter tout au long du film

Les femmes qui accomplissent le premier rite, au bord de la mer

Celles qui l’accouchent, celles qui la soignent au village de montagne et lui coupent les cheveux

Le bonne du curé

La brigande qui la laisse s’échapper. « Ils nous prennent tout, pas vrai ? » dit-elle à Agata.

La femme du sanctuaire

Lynx qui s’avère être une femme

Les femmes malveillantes sont une exception : celles qui la « vendent » et la mettent entre les mains d’intermédiaires pour la faire embaucher comme nourrice.

Pourquoi Lynx donne-t-elle ce nom à l’enfant ?

Eléments de réponse : Ce n’est pas le nom d’une sainte. On peut penser que, dans la mine, l’évocation de la mer l’a profondément marquée. Au milieu du film dans la mine, elle raconte la mer à Lynx : son goût, ses odeurs. « La mer va partout ». Pour réconforter Lynx, Agata lui dit : « Pense aux vagues sur la mer. ». Dans le séchoir à maïs, lorsqu’une des femmes lui demande : « D’où viens-tu ? », Agata répond : « De la mer ». Notons que si Lynx n’a jamais vu la mer, Agata n’a jamais vu la neige.

Comment interpréter les paroles que la femme du sanctuaire adresse à Mar « Tu es libre. N’aie plus peur du noir » ?

Eléments de réponse : L’enfant n’est plus dans les limbes. Le sacrement l’a libérée, l’a sauvée.

Quels rites voit-on dans le film ?

Eléments de réponse : Rituel du début : on devine la tête d’une jeune femme sous un voile blanc. Elle est accompagnée au bord de la mer par toutes les femmes de son village. Puis son visage est dévoilé.

À ce rituel doux en succède rapidement un autre, bien plus violent. Une femme plus âgée entaille la paume de la main d’Agata avec un couteau. Agata s’avance vers la mer, le sourire aux lèvres. Elle lave sa main ensanglantée dans la mer.

Une femme crache trois fois sur le bébé

Procession funèbre sur la plage. On enterre Antonio.

Le rite au sanctuaire : on attend que l’ermite accomplisse le miracle espéré. Elle fait prendre à Lynx un peu de salive dans sa bouche, lui fait dessiner un signe de croix sur le front de l’enfant, puis lui fait toucher le nez de l’enfant. L’enfant ouvre un peu les yeux, puis ouvre nettement la bouche. 

Les quatre éléments sont-ils présents ? De quelle manière ?

Eléments de réponse : Oui, mais ils sont inégalement représentés.

Eau : eau salée de la mer ; eau douce de la rivière ; eau douce du lac. La mer emporte le mort (Antonio).

Feu : Feu du foyer dans la maison où elle accouche. Feu dans celle où elle est soignée par les femmes du village de montagne. Flamme des lampes à pétrole dans la mine. Feu de camp qui permet l’amitié et la rencontre, la naissance d’une complicité entre Agata et Lynx. Flamme des bougies du sanctuaire.

Terre : c’est là que le bébé est enterré ; ce sont les chemins parcourus par Agata et Lynx pour arriver à destination. La terre qui donne les champignons ramassés pour se nourrir.

Air : pas de façon manifeste, sauf sous la forme du vent

Comment se traduit la dureté de la vie à l’aube du XXème siècle en Italie du Nord ?

Eléments de réponse : Dans un bâtiment qui sert de séchoir à maïs, Agata est capturée pour être louée comme nourrice.

Les femmes sont brutales, les hommes qui l’emmènent sont violents.

La carriole est attaquée par des bandits de grand chemin.

Le travail dans la mine de charbon. « Les femmes n’en sortent pas vivantes ». 

On comprend que Lynx a été chassée de chez elle.

Rudesse du milieu villageois : rien n’est gratuit. Agata doit donner ses cheveux en échange des soins qu’elle a reçus.

Agata traverse des lieux pratiquement vierges, habités par une société pré-industrielle, des gens de peu de mots dont la vie n’est que répétition des gestes d’un quotidien de pauvreté et de faim.

Qu’est-ce qu’on entend dans le film ? Les sons et les chants.

Eléments de réponse : Sons : les vagues de la mer, sifflement de l’oiseau, que Lynx libèrera, cloches au cou des animaux, Les chants : chant pour commencer et celui d’une berceuse pour terminer, le chant des femmes dans le séchoir à maïs, la chanson autour du feu, le chant qui s’élève quand Agata traverse le lac en barque et que l’on entend, assourdi, lorsqu’elle est sous l’eau en train de se noyer.

Anne-Cécile Antoni ; Philippe Cabrol

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